VOLTAIRE AVAIT-IL EU PEUR
armé de toutes pièces? Et cette plainte, qui pour nous est la plaisanterie à sa dernière puissance, n’avait-elle été, au point de départ, en un premier moment d’émoi, qu’une mesure conservatrice tendant à se prémunir contre les atteintes d’un tel adversaire? A coup sûr, cet effroi ne fut pas durable, et Voltaire, embastillé dans sa faiblesse et ses infirmités, ne tardait pas à se dire qu’il était invulnérable et que Maupertuis n’avait réussi par ses rodomontades qu’à fournir à sa verve une occasion de plus de le bafouer à toute outrance. Mais, si fugitive qu’eût été cette panique, elle ne serait pas l’incident le moins piquant de cette comédie qui fit rire nos aïeux à se tordre, et qui est restée la bouffonnerie la plus réjouissante qui soit au monde. Quant au roi, quant à Maupertuis, ils avaient pris la démarche au sérieux. Ce dernier s’était décidé à imprimer sa fameuse lettre, et telles étaient les raisons qu’il en faisait donner : « On se trouve obligé de publier cette lettre (qui, selon le cours ordinaire des choses, aurait dû demeurer secrète) parce que M. de Voltaire en a fait courir des morceaux tronqués et altérés. M. de Voltaire a écrit qu’il avoit déposé cette lettre entre les mains des magistrats de Leipzig. On doit être surpris que. dans cette affaire, ce poète ait osé s’adresser aux magistrats, dont la présence doit être toujours redoutable aux faiseurs de libelles1. » Ainsi, cette dénonciation de Voltaire, cet appui qu’il sollicite, n’étaient pas et badinage et facétie, et le roi de Prusse était
I. Preuss, Friedrich der Cross mil seinen Fordwondlen und Fre tinden (Berlin, 1838), p. 398. De üerlin, le 3 avril. Au bas de la noie »e trouvail le visa et l’approbation (le Frédéric.