LA BEAUMELLE A LA BASTILLE
rains dans deux mauvais livres; il ne pouvait par conséquent alors envoyer à Gotha, et dans d’autres cours d’Allemagne, ce mémoire ridicule, imprimé sous son nom*. » La Beaumelle, qui n’était pas obligé de dire la vérité, répond qu’il ne sait pas qui s’est chargé de faire imprimer la brochure. 11 ajoute, pour disculper l’auteur de l’£ssai de Cosmologie : a M. deMaupertuis ne publie guère les ouvrages des autres 2. » Une fois n’est pas coutume, et, lorsqu’on est aussi intéressé au débat, l’on peut bien déroger à ses habitudes et venir en aide à un ami fort empêché de vaquer à ses affaires.
Dans ces luttes à outrance, tous les moyens sont bons quand on arrive au but, qui est de frapper l’ennemi. Si la Beaumelle était à la Bastille, Voltaire n’y avait pas nui, bien qu’il aille jusqu’à se reprocher de lui avoir répondu avec une sévérité trop bien méritée : « On dit qu’il est à la Bastille ; le voilà malheureux, et ce n’est pas contre les malheureux qu’il faut écrire s. » En réalité, l’auteur du Siècle de Louis XIV, exaspéré par la gratuité de l’attaque, voulant écraser à tout prix un adversaire qui lui avait voué une haine implacable, avait dépêché sa nièce aux puissances pour implorer la punition d’un misérable qui ne respectait rien. Madame Denis alla demander vengeance au comte d’Argenson. Sabatier, qui l’affirme, ajoute que La Beaumelle fut informé de la démarche par l’abbé
1. Voltaire, Œuvra complues (Beuchot), t. LVI , p. 113. Lettre de Voltaire à Koenig; Francfort, juin 1753.
2. Réponse au Supplément du Siècle de Louis XIV (à Colmar, 1754), p. 118. Arertiaaement de la Lettre sur Mrs démêlés.
3. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LVI , p. 302. Lettre de Voltaire à M. Roquet; à Gotha, 18 mal 1753.