PORTRAIT DE LA HETTRIE
obtenir; et par des ouvrages inconsidérés s'étant exclu de sa patrie, il se retira en' Hollande, où le mécontentement de ses parens et de ceux qui l’avoient jusque-là protégé, le laissèrent longtemps dans un état déplorable. Un roi qui pardonne les fautes, et qui met en valeur les talents, voulut le connaître ot m’ordonna de lui écrire de venir. Je reçus l’ordre sans l'avoir prévu : je l'exécutai, et La Mettrie fut bientôt ici >.
Peu de temps après j’eus, le chagrin de voir la licence de sa plume augmenter de jour en jour... Il fesoit des livres sans dessein, sans s’embarrasser de leur sort et quelquefois sans savoir ce qu’ils contenoient. Il en a fait sur les matières lespius difficiles sans avoir réfléchi, ni raisonné. Il a écrit contre tout le monde, et auroit servi ses plus cruels ennemis. 11 a excusé les mceurs les plus effrénées, ayant presque toutes les vertus sociales. Enfin, il trompoit le public d’une manière tout opposée à celle dont on le trompe d’ordinaire. Je sais combien tout ce que je vous dis est peu croyable; mais il n’en est pas moins vrai : et l'on commençoit à en être si persuadé ici, qu'il y éloit aiiné de tous ceux qui le connaissoienl.
Tout ceci, monsieur, ne seroit point une réparation, s’il vous avoit fait quelque tort; mais, ses plaisanteries ne pouvoient pas plus vous en faire qu'elles n’en ont fait aux vérités qu'il a attaquées. Ce n’est donc que |>our défendre son cœur, rejeter ses autes sur son jugement et vous faire connaître l'homme. Tout e monde sait qu’il ne vous a jamais vu, ni connu ; il me l’a dit cent fois. Il ne vous avoit mis dans ses ouvrages que parce que vous étiez célébré, et que les esprits qui couloientau hasard dans son cerveau avoient rencontré les syllabes de votre nom.
Cette réponse ne satisfit point; et les amis de llaller, au dire de ceux de Maupertuis, ne pardonnèrent pas à ce dernier cette indulgence pour l’agresseur et ce
1. Quand La Mellrie arriva en Pni8.se, Frédéric était absent, et ce Tut Maupertuis qui se chargea d’introduire le survenant auprès des amis du roi. ■ Yoicv M. de La Mettrie, mon cher amy, que je ne puis conduire moy-mèiue à Poladam , écrivait-il à Algarolli , mais pour qui je vous demande vos bons oflices... » Ktienne Lharavay, Catalogue d'autographes, du 22 décembre 1 7 GO, p. 10. n° 95. Lettre de Maupertuis à Algarolti ; mercredy.