ÉTRANGE EXPÉDIENT
tracé le piteux tableau de ses misères, les violences dont i! avait été l’objet, celles encore qu’il avaitàredouter des bandits au pouvoir desquels il était, il ajoutait: « C'est dans ce cruel état qu’un malade mourant se jette aux pieds de votre sacrée Majesté, pour la conjurer de daigner ordonner, avec la bonté et le secret qu’une telle situation me force d’implorer, qu’on ne lasse rien contre les lois, à mon égard, dans sa ville impériale de Francfort. Elle peut ordonner à son ministre en cette ville de me prendre sous sa protection ; elle peut me faire recommander à quelque magistrat attaché à son auguste personne. Sa Majesté a mille moyens de protéger les lois de l’empire et de Francfort; et je ne pense pas que nous vivions dans un temps si malheureux que M. Freytag puisse impunément se rendre maître de la personne et de la vie d'un étranger dans la ville où sa sacrée Majesté a été couronnée1. »
Voltaire avait soin de rappeler les anciennes bontés qu’avait eues pour lui la mère même de l’empereur, la duchesse de Lorraine , la sœur du Régent. Trèscertainement François eût fait dire officieusement au bourgmestre régnant qu’il le croyait incapable de rien permettre contre la justice et les franchises de la ville, qu’il n’en fallait pas plus pour faire échouer les démarches de Freytag, qui, n’obtenant pas l’autorisation d’arrêter Voltaire, n’eût point passé outre sans des ordres positifs qu’on ne lui eût pas donnés. Le poète,
1. Vollaire, OEuvrta complètes (Beuchot), t. LY1 , p. 332. Lellre de Voltaire h François l*r, empereur d’Allemagne; à Francfort, le S juin m3.