VOLTAIRE A RECOURS A L’EMPEREUR
dans sa lettre au comte de Stadion en lui envoyant sa supplique à l’empereur, laissait à entendre que son voyage à Vienne pourrait n’être pas sans utilité; et il le priait d’assurer Leurs Majestés que, s'il pouvait avoir l’honneur de leur être présenté, il leur dirait des choses qui les concernaient2. Il n’est guère possible d’interpréter cela de deux façons. Non-seulement il se considérait comme dégagé envers Frédéric qui avait repris tout ce qu’il avait donné, mais il voulait redevenir libre au plus tôt et à tout prix. 11 était seul contre un roi; on abusait du droit du plus fort pour le retenir prisonnier dans une ville où l’on n’avait aucune autorité légitime; il userait du droit du plus faible, qui n’a pas le choix des moyens. Et, si ces moyens n’étaient ni des plus licites, ni des plus louables, c’était moins sa faute que la faute de ceux qui le poussaient à ces extrémités. Disons, pour être juste envers Voltaire, qu’il était dans cet état d’exaltation où les idées les plus folles, les plus chimériques, sont celles auxquelles on fait fête, et il ne devait pas s’arrêter à , cette première démarche. Il écrivait, deux jours après, au comte de Stadion : « Ce matin , le résident de Mayence m’est venu avertir que la plus grande violence était à craindre, et qu’il n’y a qu’un seul moyen delà prévenir; c’est de paraître appartenir à sa sacrée Majesté impériale. Ce moyen serait efficace, et ne
1. Le comte de Stadion était conseiller intime effectif de l’empereur, grand-mattre de lu cour et ministre d'Etat du prince électeur de Mayence.
2. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 319. Lettre de Voltaire à M. M***; à Francfort-sur-le-Mein , au Lion d’Or , le 5 juin (secrète).