ENGAGEMENT PRO FORMA
proportions et les couleurs les plus sombres et lesplus tragiques: n’avait-il pas tout à redouter? Il rappela alors à Freytagses promesses formulées dans les deux billets qu’il lui avait écrits. M. Yarnhagen, sur l’affirmation de l’honnéte résident, nous fait, il est vrai, observer que ces billets avaient été subtilisés par Voltaire, qui ne les avait obtenus que pour les envoyer à madame Denis. Cet écrivain , qui ne se trouve point embarrassé pour apprécier assez durement et assez injustement même parfois la conduite de Voltaire, ne semble pas supposer que Freytag puisse accommoder quelque peu les choses à sa convenance. Tout ce que dit et écrit Freytag est pour lui une base sûre et solide de critique. Nous faisons bon marché des récriminations furibondes du poète français et nous voulons bien ne pas douter de l’honnêteté du baron de Freytag. Mais est-il supposable qu’un personnage officiel, d’ailleurs aussi réservé, aussi pusillanime, prenne sur lui d’exposer sa responsabilité par un engagement « pro formâ » et de pure complaisance ? S’il s’y détermine, c’est qu’il n’y voit pas d’inconvénient, c’est qu’il est convaincu que ce qu’il promet pourra et devra se réaüser sans l’ombre d’un obstacle. La minute d’après, le repentir sera venu avec la réflexion, et l’on se sera mis à couvert par cette interprétation équivoque ‘.
Voltaire, ce qui n’a pas trop lieu de surprendre, s’exalte, fait tapage, et chasse avec emportement le
1. Varnhapcn von Ense, Dcnkwurdigkeiten und vermischie Schrifleii (Lcipitg, 1859), t. VIII, p. 192, 228, 229.