‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 396 sur 431 · DÉTRESSE DU POETE · texte numérisé non relu

DÉTRESSE DU POETE

messager de Freytng. Le résident a recours alors aux menaces et réussit à effrayer le vieillard, que son isolement, son dénûment condamnaient à la résignation et à la dissimulation. La situation du prisonnier était affreuse, car il ne pouvait plus compter sur la parole de ses gardiens, qui ne savaient pas plus que lui le sort qui lui était réservé. Il fallait pourtant sortir de cette incertitude et de ces anxiétés. Madame Denis prend de nouveau la plume et adresse, le jour même, une lettre des plus émouvantes, non à Frédéric, mais à un de ses familiers, que M. Yarnhagen suppose être avec d’autant plus de vraisemblance l’abbé de Prades, que ce dernier devait, comme on le sait, à son oncle sa situation près du roi de Prusse.

... M. de Voltaire a satisfait à tous ses engagements, et cependant on le retient encor prisonnier. On ne lui rend ni sa caisse, ni ses deux paquets, ni sa liberté, que M. de Freytag lui avait promise au nom du roi en présence de M. Riicker, avocat. Je ne sais, Monsieur, si Sa Majesté redemande à présent le contrat annuité dont milord Maréchal m’a parlé à Paris; il est encore malheureusement égaré , s’il ne se trouve pas dans la caisse qui est entre les mains de M. Freytag. Nous le cherchons, mon oncle et moi, sans cesse depuis deux mois. Je donnerais quatre pintes do mon sang pour qu’il fût retrouvé... J’attends de vous quelque consolation dans mon état déplorable, car, pour mon oncle, il n’est plus en état d’en recevoir, et vous apprendrez bientôt peut-être sa fin déplorable... Je ne m'attendais pas, il y a trois ans, que ce serait le roi de Prusse qui lui causerait la mort. Pardonnez à ma douleur !

Mais, par une de ces soudaines résolutions qui se réalisent aussitôt conçues, Voltaire a décidé qu’il ne devrait sa liberté qu’à lui. Son plan est tout tracé. Il abandonnera la caisse à la discrétion de Freytag, ma-

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