CHASOT
même la circonstance fâcheuse qui fut la pierre d’achoppement de sa fortune, si tant est qu’avec de la conduite, de la valeur, de la supériorité même, il eût pu conquérir une situation analogue à celle qu’il allait obtenir en Prusse.
Je n'ai jamais été querelleur, et je suis ressorti d’une école de six cents cadets où il y avait chaque semaine quelques tués ou blessés, sans avoir eu la moindre mauvaise affaire; cependant je ne pus échapper à la mauvaise humeur des Parisiens ferrailleurs, ni soutenir plus longtemps les airs d'arrogance d’un fat à talons rouges, parent éloigné du duc de Boufflcrs. Il fallut donc se battre encore ot laisser mon dangereux adversaire étendu sur la place *.
Le régiment de Bourbonnais, où servait Chasot , appartenait au duc de Boufilers , ce qui était une circonstance aggravante pour le jeune lieutenant. En tous cas, son affaire était mauvaise, et il ne lui restait d’autre moyen de sauver sa tête que de prendre le large au plus vite. Il ne se crut en sûreté qu’après avoir franchi les avant-postes du prince Eugène où il fut bien accueilli. Mais il ne pouvait avoir l’idée d’accepter du service chez les Impériaux en pleine guerre avec la France. Le prince royal de Prusse était aussi sur le Rhin ; Chasot sollicita une audience du futur conquérant de la Silésie, qui ne la lui fit pas attendre.
Un jour le prince Frédéric dit à M. de Brendcr : « Si vous avez le temps demain, amenez-moi ce jeune Français. » Le lendemain mon mentor m’ayant fait seller un de ses chevaux, je l’accompagnai chez le prince, qui nous reçut dans sa tente,
1. Ulaie (le Bury, Le chevalier de Chasot (Michel Lévy, 1 802), p. 5.