LE PREMIER FAUTEUR DE L’AKAKIA
Hermann, Leibnitz n’en demeure pas moins incontestablement l’auteur aux yeux de tous les leibnizographes. Ainsi, Frédéric ne se sera entremis, dans une question où le roi n’avait rien à voir, que pour donner à ces débats philosophiques les proportions et le caractère d’un scandale public. S’il ne s’était pas senti appuyé, est-il supposable que Maupertuis eût songé à ériger l’Académie en tribunal? Et ses confrères, s’ils n’y eussent été contraints, se fussent-ils prêtés de gaieté de cœur à être ses complaisants et ses complices? L’on peut dire que tout le mal vint de cette partialité du prince, et qu’il fut, en somme, le premier fauteur de Y Akakia. Que la fameuse Diatribe soit bien plus une œuvre plaisante qu’une bonne œuvre, qui le nie? Voltaire traitait Maupertuis comme il avait traité Jean-Baptiste, comme il devait traiter Le Franc de Pompignan, et il obéissait en cela à sa nature rancunière et passionnée. Mais que ne laissait-on tous ces gens se démêler entre eux à leur guise, sans attiser le feu par une intervention maladroite 1 Cette Diatribe , après tout, ne stigmatisait que l’esprit, le bon sens, la science du président, et c’était bien étrangement rigoureux de la déférer aux flammes, en un pays où l’on se piquait d’accorder à la pensée toute son indépendance.
Toutefois, on s’est revu, l’on s’est pardonné, l’on semble au mieux; et Voltaire n’avait qu’à demeurer à Potsdam pour recouvrer les bonnes grâces et la faveur du philosophe de Sans-Souci. Mais il est souffrant, il a besoin des eaux de Plombières ; tranchons le mot, les pieds lui brûlent, il se meurt d’impatience