OU SONT LES TORTS
petit peuple dont il n’était d’aucune façon le maître, qui se régissait par ses lois propres et ne relevait, comme la Prusse elle-même, que de cet ensemble d’Etats qui se nomme l’Empire.
L’on alla au delà de ses ordres ; mais ses ordres n’eussent pas été dépassés, qu’ils seraient encore inexcusables. Quel était d’ailleurs l’objet de ses violences? Un poète illustre, un écrivain célèbre, qu’on avait tout fait pour s’acquérir, au point de commettre, comme nous l’avons rappelé plus haut, une de ces machinations que rien ne pallie, môme la longanimité de celai qu’elle vise à perdre. Voltaire a eu des torts; mais, s’il part de Prusse, s’il s’en éloigne comme on s’éloignait de Syracuse du temps de Denis, c’est que le roi n’a pas su demeurer roi, c’est que le roi, pour mieux dire, n’a pas su oublier qu’il l’était, au moment où il se ‘faisait homme de lettres pour soutenir de sa plume comme de son sceptre une mauvaise et ridicule cause. Môme les juges eurent honte de leur arrêt, et, en dehors de l’Académie, il n’y avait eu qu’une voix pour condamner un savant qui, dans une discussion purement scientifique, ne rougissait point d’écraser l’adversaire, non de ses arguments mais de son crédit1. La dispute était restée indécise, elle ne l’est plus; et si ce fragment de Leibnitz ne s'est pas retrouvé, si Kœnig s’est mépris en supposant cette lettre adressée à
1. Fréron, Année littéraire , 1760, t. V, p. 108, 1 09. — D'Alpmliorl, Œuvres complètes (Belin), t. V, p. 27, 28. Lettre de d’Àlemberi à m.idame du DcfTand; Paris, 4 décembre 1752* — Varnliagen von Ense, Denkwurdigkelten und vermischte Schriften (Leipzig, 1859), t. VIII, p. 177.