‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 425 sur 431 · ÉTAPE IMPRODUCTIVE · texte numérisé non relu

ÉTAPE IMPRODUCTIVE

et ses vers, et plus que payé en services la royale hospitalité de Berlin et de Sans-Souci. Des caresses, des satisfactions d’amour-propre, quelques sourires des reines, puis des chiffonneries, un procès scandaleux (qu’on s’attirait, il est vrai, par sa faute), des duretés suivies de retours de tendresse, des rivalités, une guerre de pamphlets qui venait finir sur la place publique, tels furent pour Voltaire les uniques profits de ce séjour auprès du Salomon du Nord, qui s’était changé en Denis de Syracuse. Ces années passées à Potsdam et à Sans-Souci avaient été pour cette existence si fébrilement laborieuse, une sorte d’étape improductive. Les œuvres sont vite comptées. Le Siècle de Louis XIV parait à Berlin; mais les matériaux en étaient rassemblés longtemps à l’avance, et la presque totalité du livre était ébauchée avant son installation en Prusse. Après avoir cité le poème sur la Religion naturelle, qui est de 1752, quelques vers refaits à Rome sauvée, on a tout dit. Comparez cette stérilité avec l’activité de sa vie antérieure, avec les quinze années de Cirey et les enfantements futurs de Ferney. Sous tous les rapports, le poëte avait fait un métier de dupe, il s’était déconsidéré, il s’était amoindri : en endossant la livrée du courtisan, il s’en était assimilé des vices. Une fois son maître, il secouera toutes ses faiblesses et toutes ses misères; la cour l’avait perverti, il redeviendra meilleur, quand il sera libre : il n’attendait que cela pour être philosophe. Et nous allons, en effet, le voir répudier, autant qu’il sera en lui, l’homme d’autrefois; et, dans le voisinage de cette admirable Suisse, au sein de cette nature grandiose, ce qu’il a de cœur.

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