‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 426 sur 431 · AFFRANCHISSEMENT DD POETE · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENT DD POETE

(et il en a, quoi qu’on dise) se réveillera, s’épanouira aux idées de justice, de générosité et d’humanité. Viennent les circonstances, il fera mieux que des livres. Ne le plaignons donc pas trop, en définitive ; et ne voyons, nous aussi, que ce que nous eussions perdu, si Voltaire eût vécu, vieilli et fini à Potsdam, près de l’auteur de l’ Anti-Muchiavel, qui n’allait pas devenir commode avec les années. En somme, Frédéric seul perdait à cette séparation, et il le sentait bien.

11 sentait aussi quel ami bruyant il s’aliénait et quel redoutable ennemi il s’attirait. Ses louanges ne seraient plus le thème ressassé de la correspondance, des épîtres, des grands et petits vers du « Virgile de la France. » L’on serait toujours le roi conquérant et civilisateur, et Voltaire n’y pouvaitjûen. Mais n’ambitionnait-on pas d’autres palmes? Mais n’avait-on pas rêvé la renommée de l’écrivain et du poète, et était-il si indifférent, avec de telles visées, d’être en guerre ouverte avec celui que l’on appelait son maître naguère encore, et qui l’était bien véritablement? Sans doute, extérieurement, on s'applaudira d’une rupture qui débarrassait d’un méchant génie capable de mettre le feu aux quatre coins du globe. Mais, à la réflexion, quand ou envisagera les choses plus froidement, que l’on en convienne ou non, l’on déplorera une persécution stérile. Ces deux hommes peuvent se détester, une chaîne secrète ne les en unit pas moins à tout jamais l’un à l’autre-, et, tôt ou tard, en dépit des ressentiments, des outrages passés et de la disposition présente, une sorte d’aimant les appellera, les

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