FRÉDÉRIC PASSIONNÉ POUR LA FLUTE
stance où ses sévérités avaient frappé à faux; il lui tendit les bras et lui rouvrit son intimité comme par le passé. A part l’amabilité pétillante du commerce, Chasot avait un rare mérite à ses yeux. C’était un flûtiste distingué et non moins obstiné que son voisinage, toutefois, eût voulu voir à tous les diables, s’il fallait prendre à la lettre ces vers de Frédéric :
Pour Cliasot, qui, dans son réduit,
En damné, travaille sa flûte,
Qui fait enrager, jour et nuit,
Tous ses voisins, qu’il persécute,
D'un instrument tendre et charmant 11 tire des sons de trompette *.
La flûte fut la grande passion de Frédéric, et ce n’était pas une médiocre habileté que d’ôtre en état de faire la partie de ce virtuose enragé, qui, toutefois, faute de mieux, se résignait à prendre pour second, le prince héréditaire de Strélitz, un mince instrumentiste devant le seigneur. Chasot donne de curieux détails sur les concerts du roi de Prusse, et on nous permettra d’ajouter ce dernier emprunt à ceux que nous avons déjà faits.
Quelqu’un demande : en quoi consistait donc cette musique si vantée? Cette musique, où j’ai assisté, depuis l’année 1731, à Ruppin, où le roi avait son régiment comme prince royal; à Rheinsberg, où la princesse et toute la cour se trouvaient, enfin en campagne, dans la tente du roi, ensuite à Breslau et partout où Sa Majesté passait la nuit; cette musique a toujours
1. Le maître de chapelle Hcrtel a écrit une Théorie de la musique pour servir A l'usaqc de H. le chevalier de Chasot.
2. OEuvres de Frédéric le Grand (Derlin, Preuss.), I. XVII, p. 61. Lettre de Frédéric à Jordan.