ENTRÉE AU SERVICE
don du marquis s’il promettait d’aimer Ninesina de bonne foi. Mais c’était un engagement que d’Argens ne se sentait pas d’humeur à tenir. Il préféra déguerpir de Rome, sans prendre congé, dès le surlendemain. « Je m’embarquai pour aller à Livourne, dit-il plaisamment, et ne fus pas tranquille que je n’eusse perdu de vue le dôme de Saint-Pierre. »
Une circonstance fortuite vint en aide à d’Argens, qui, en dépit des succès qu’il avait obtenus, se sentait une vocation tout autre que celle du magistrat. Le procès du père Girard et de la Cadière , qui eut lieu vers ce temps, avait mis en ébullition toutes les têtes et séparé la province en deux camps. On ne saurait se faire une idée du déchaînement des deux partis; et l’on vit, en pleine séance, ua conseiller menacer son collègue de coups de bâton. Personne ne se retira de cette interminable et scandaleuse affaire, sans quelque éclaboussure, et le procureur général au parlement d’Aix n’en fut pas plus exempt que les autres. D’Argens travailla si bien à mettre en relief les désagréments inhérents à la profession de robin, qu’il arracha à son père le consentement de le laisser entrer au service. Il obtint du duc de Boufflers la lieutenance dans sa compagnie colonelle et partit aussitôt pour Lille. Nous ne suivrons pas d’Argens dans sa carrière militaire , d’ailleurs si vite close. 11 assista au siège de Kehl, dont il devait emporter un petit souvenir. « J’étais détaché de piquet ce jour-là, et je m’amusais à voir tirer des bombes d’une de nos batteries. Un éclat qui revint pensa me couper le pouce : heureusement, j’en fus quitte pour une meurtrissure assez considérable. » Encore moins