SON INFLUENCE
On sait l’effet d'un mot rapide comme échappé des lèvres de celui que son service attache incessamment auprès du souverain ou du premier ministre : les princes du sang faisaient des courbettes à Bontemps; Barjac, le valet de chambre du cardinal de Fleuri , était un personnage avec qui il fallait compter, qui entrait dans toutes les grandes affaires, et avait plus d’influence que Louis XV, auquel, il est vrai, il semblait plaisant de ne rien pouvoir. Darget, qui était mieux qu’un valet, à cause même de son excessive réserve, était écouté ; le philosophe de Sans-Souci ne craignait pas de penser tout haut devant lui et de prendre son avis. On a la mesure de ce que peut Darget, à l’occasion, dans la lettre même que nous venons de citer et où il parle en homme qui a l’oreille du maître. Il s’agit de l’auteur de YÈpître à Manon. « M. d’Arnaud, dit-il, a été un peu fâché contre moi sur quelques semonces que je luy ay faites et dont il vous aura peut-être porté ses plaintes; nous avons fait la paix, il sera à nous tant qu'il y voudra être... »
Voltaire, dès la première minute, avec sa prestesse de flair, sentit l’urgence d’avoir pour lui le lecteur du roi, et il u’est pas de politesses, d’amabilités, de tendresses qu’il ne lui témoigne. Frédéric ne regarde pas, d’ordinaire, à prendre la plume, et un de ses délassements les plus vifs est d’écrire à l’auteur de la Ilenriade ; mais trop souvent le loisir manque, les affaires commandent, et c’est alors Darget qui le remplace. C’était en 1749 : le poète, comme toujours, se retran-
feuille Je Bacliaumont. Mi'langcs, correspondances , f. 13G. Lellre de Darget à Bacliaumont; à Berlin, le 4 janvier 1749. (Déjà cilié.)