LEUR AFFÉTERIE
J’ai lu le livre de M. Algarotti. Il y a, comme déraison, plus de tours et de pensées que de vérités. Je crois qu’il réussira en italien, mais je doute qu’en français « l'amour d’un amant qui décroît en raison du cube do la distance de sa maîtresse, et du carré de l’absence, » plaise aux esprits bien faits qui ont été choqués de « la beauté blonde du soleil » etde la « beauté brune de la lune » dans le livre des Mondes '.
Frédéric , qui s’était laissé prendre à ces ornements extérieurs, déclare Algarotti un tout autre homme que Maupertuis , ce qui n’était vrai ni pour les connaissances, ni pour l'esprit, encore que Maupertuis, le Jupiter tonnant de l’Académie de Berlin, n’ait conservé de nos jours que bien peu de son importance et de son prestigeI. 2 3 *. Lors de la double expédition relative aux recherches sur la forme de la terre, Algarotti, enthousiaste comme on l’est à vingt-trois ans5, épris de la grandeur du but et jaloux de s’associer à une telle entreprise , annonce qu’il sera du voyage. Voltaire, qui le croyait déjà parti ou bien près de l’être, lui disait, dans une épître à la glorification de ces argonautes dont l’ambition avait une autre portée que la conquête d’une Toison d’or:
Vous allez donc aussi, sous le ciel des frimas.
Porter, en grelottant, la lyre et le compas,
Et, sur des monts glacés, traçant des parallèles^
Faire entendre aux Lapons vos chansons immortelles *...
I. Voltaire, Œuvres complètes (Beuehot.), t. LUI, p. 133. Lettre de
Voltaire i Maupertuis; Cirey-Kittis, 33 mat 1738.
3. Frédéric écrivait h Jordan, de Wésel, 3 septembre 1 7 V 0 : • Maupertuis est arrivé; joli garçon , aimable en compagnie; cependant de cent piques Inférieur h Algarotti. » Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. XVII, p. 67.