SES DIALOGUES
traiter de semblables matières, quel que soit le lecteur auquel on s’adresse ; et, tout portés, tout sympathiques que soient les châtelains de Cirey pour le Cygne de * Padoue, comme Voltaire appelle Algarotli, ils ont l’un et l’autre un goût trop sûr pour admettre sincèrement de tels compromis. La marquise du Châtelet écrivait à Richelieu, à ce propos :
Les Dialogues d’Algarotti sont pleins d'esprit et de connaissance. Il en a fait uno partie ici (à Cirey), et ce sont eux qui ontélé l’occasion du livredeM.de V***'. Je vous avoue cependant que je n'aime pas ce style là en matière do philosophie, et '.'amour d’un amant, qui décroît en raison du quarré du tems etdu cube de la distance, me paroit difficile à digérer; mais en tout, c'est l'ouvrage d'un homme de beaucoup d'esprit et qui est maître de sa matière... S’il est à Toulouse, je vous en félicite. C’est un des hommes que j'aye jamais connus, le plus aimable, le plus instruit et le plus doux à vivre *...
Algarotli avait, en effet, passé six semaines de l’automne de 1736 à Cirey*, et c’est en souvenir de ce séjour et d’études communes (car déjà la marquise, comme elle le dit, newtonianisait tant bien que mal) que le jeune Vénitien mettait en tête de ses Dialogues le portrait d’Émilie. Voltuire, qui ne lui marchande pas les éloges, n’est pas, au fond, d'un autre avis que madame du Châtelet; et c’est presque dans les mêmes termes qu’il s’explique sur le compte de cette hybride composition.