I. Marquis d’ A rgens, Mémoires Paris, 180'), p. 330, 33t
ANECDOTES CONTROUVÊES.
demeurer perpétuellementenfermé dans ce cercleétroit et frivole; et les Lettres juives, qui paraissaient chez Paupie, en 1738, le révélaient brillamment à cette société discoureuse, frondeuse, sceptique, qui les dévora. On ne les lit plus guère de nos jours, pas plus que les Lettres chinoises, les Lettres cabalistiques , la Philosophie du bon sens ; cependant on ne pourrait refuser à leur auteur un vaste savoir, un esprit retors et des qualités notables d’écrivain -polémiste. Ces publications eurent un succès prodigieux; leur côté satirique et antireligieux seul leur eût valu des lecteurs, et le scandale quelles soulevèrent n’eut pas moins de part à leur fortune que l’érudition qu’on y rencontre.
On a prétendu que Frédéric, encore prince héréditaire, séduit par cette liberté, cette audace de la pensée, ébloui par ce déploiement de citations, de documents, de textes, auxquels l’écrivain faisait dire ce qu’il voulait, lui aurait témoigné l’envie de se l’attacher; mais que d'Argeus, qui savait quel terrible père et quel terrible roi était Frédéric-Guillaume, aurait répondu par un refus motivé aux offres brillantes dont il était l’objet : « Daignez considérer, monseigneur, que pour me rendre auprès de vous, il faudrait passer bien près de trois bataillons de garde qui sont à Potsdam ; le puis-je sans danger, moi qui ai cinq pieds sept pouces, et qui suis assez bien fait de ma personne 1 ? » Cela était au moins spécieux, et Frédéric, ajoute-t-on, lui en eût si peu gardé rancune qu’à son avènement au trûne, il lui eûtécrit : «Ne craignez plus
1, ThiébauU , Souvenirs de vinyt ans de séjour à Berlin (Diüot, 1860), t. II, p. 37Î.