FRÉDÉRIC PREND SES SÛRETÉS. H
les bataillons des gardes, mon cher marquis ; venez les braver dans Potsdam. » Rien ne s’est retrouvé, et pour cause, de cet échange épistolaire. Et c’est là une de ces histoires que Thiébault a racontées, comme beaucoup d’autres, sur la foi des traités. On voit, par sa correspondance même, au contraire, qu’avant de songer à attirer le marquis près de lui, Frédéric voulut savoir à quoi s’en tenir sur la solidité de son caractère. «Marquez-moi, écrivait-il à Jordan, de son quartier général de Selowitz, quel est le marquis d’Argens, s’il a cet esprit inquiet et volage de sa nation, s’il plaît, en un mot, si Jordan l’approuve '. » D’Argens, précisément alors, s’attachait à la cour de Wflrtemberg, comme il nous l’apprend quelque part. « Je passai à Stuttgard; j’eus l'honneur d’y être présenté à S. A. S. Mme la duchesse, qui pour lors étoit tutrice des trois princes ses fils. Cette princesse avoit beaucoup d’esprit, elle aimoit les lettres et ceux qui les cultivoient ; elle m’accorda sa protection, et j’entrai à son service eu qualité de chambellan J. »
D’Argens eût souhaité figurer auprès de cette petite cour avec un titre qui le relevât davantage, et, sur sa demande, Frédéric lui envoyait des lettres de créance comme chargé de ses affaires. « Si jamais, lui écrivait le roi àce propos, vous trouvez de votre convenance de vous retirer, vos affaires dans le Wurtemberg finies,
1. Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preurs.), t. XVII, p. 15G. Lettre de Frédéric à Jordan ; i|iiar!ier de Selowllz, 19 mal 17 il (et non le 19 mars 17 12, comme elle csl datée par erreur).
2. Marquis d’Argtms, Histoire de l'Esprit humain ou Mémoires secrets et universels de la République des lettres (Berlin, 17G8), t. XII, p. 379, 379.