FUREUR DU THEATRE
pour la clôture du carnaval. Il me semble que c’est mettre un habit de deuil un jour de gala. Voilà un étrange sujet de comédie pour un prince de dix-neuf ans. J'aimerais autant voir un enterrement que cette pièce. Mais monseigneur le prince Ilenri met tant de grâce dans tout ce qu’il récite et dans tout ce qu’il fait, qu’il m’a sauvé entièrement le dégoût et la tristesse de cet ouvrage1. » L’on s’était jeté avec rage dans ces exercices dramatiques qui faisaient oublier un instant cette vie de garnison et de caserne à laquelle les princes du sang n'étaient pas moins assujettis que le dernier sous-lieutenant de l’armée. Et Frédéric, écrivant à la même Margrave, pouvait lui mander, sans forcer la vérité, après l’avoir rassurée sur la santé de tout son monde : « Mes frères histrionuent2. »
Le roi de Prusse ne nous importe guère. C’est l’auteur de P Anti-Machiavel et du l'alladion, c’est l’ami de Voltaire, c’est le philosophe de Sans-Souci qui nous arrête, et dout nous avons à cœur d’étudier et de reproduire la physionomie. Il n’est pas inutile de rechercher l’origine de ce nom de Sans-Souci donné à sa jolie chartreuse qu’il avaitd’abord appelée tantôt la Vigne, tantôt Lusthaus 3. C’est au comte de Manteuffel que revient l’honneur de l’invention. Le comte avait, eu Poméranie, une maison de plaisance peu importante,
1. Hn nc française (1er novembre 1865), t. XII, p. 340, Lettre de Voltaire à la margrave de Bayreuth ; 30 janvier 17 51.
2. Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Pretiss.), t. XXVII, p. 198, Lettre de Frédéric à la margrave de Bayreuth ; ce 31 décembre 1751.