‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 89 sur 431 · RÉTICENCES · texte numérisé non relu

RÉTICENCES

du moins point d'orages. Ma vie est libre et occupée; mais... mais... Opéra, comédies, carrousels, soupers à Sans-Souci, manœuvres de guerre, concerts, études, lectures; mais.. .mais... La ville de Berlin, grande, bien mieux percée que l’aris, palais, salles de spectacle, reines affables, princesses charmantes, filles d'bonneur belles et bien faites, la maison de madame de Tyrconnell toujours pleine, cl souvent trop; mais... mais.... ma chère enfant, le temps commence à se mettre à un l>eau froid1.

Voltaire n’enteud-il parler que des premières duretés de l’atmosphère berlinoise? Le froid est bien quelque chose pour un frileux de sa sorte; mais ce n’est pas seulement le froid du dehors qui le saisit : c’est aussi le froid des physionomies et des visages, ce sont certains symptômes révélateurs, et qui sont bien faits pour tenir sur le qui-vive un observateur intéressé. Il va s’expliquer d’ailleurs sur ces réticences énigmatiques, et que l’on dut encore grossir rue Traversière et dans le ménage d’ Argentai.

Puisque le courrier me donne le temps, je ne peux m’einpôcherde vous donner la clef d'un de ces mais, de peur que votre imagination ne fasse de fausses clefs; j'ai bien peur do dire au roi de Prusse comme Jasmin : o Vous n’ôtes pas trop corrigé, mon mailre. » J'avais vu une lettre touchante pathétique, et même fort chrétienne, que le roi avait daigné écrire à Darget sur la mort de sa femme*. J’ai appris que le même jour Sa Majesté avait fait une épigramme contre la défunte; cela ne laisse pas de donner à penser. Nous sommes ici trois

1, Vollaire, OEuvres complètes (Deuchot), t. LV, p. ,r>05, SU6. Lettre (le Voltaire à madame Denis; à Polsdam, te 6 novembre 1750.

2. La femme de Darget était mademoiselle César, sœur du secrétaire du prince Henri. Elle mourut en courbes. Tlnébaull , Souvenirs rie vingt ans de séjour ô Berlin (Didot, 1800), t. Il, p. 177,

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