FIN DE NON-RECEVOIR DE FRÉDÉRIC
palais d’un roi philosophe. Je prendrais même la liberté de vous envoyer un carrosse de Sa Majesté à deux heures précises. » Le poète supposait, trop gratuitement peut-être, répondre aux intentions de son hôte couronné, en tenant bonne table et en faisant les honneurs du « rost du roi, » à des philosophes qui, pour être philosophes, n’en avaient pas moins bon appétit. Frédéric était fort bien informé de ce qui se passait à sa cour, il entrait dans les plus minces détails ; et ce « rost du roi, » offert à tout venant, dut particulièrement agacer la fibre de ce prince ménager et économe, qui ne voulait en aucun cas qu’on brûlât, comme on dit, la chandelle par les deux bouts.
Or, il arriva, qu'on ne remettait à M. de Voltaire que du sucre mal raffiné, du café mariné, du thé éventé, et du chocolat mal fabriqué. Il put bien soupçonner que Frédéric n’éiait pas si mal obéi sans le vouloir, et soit pour éclaircir ce doute, soit pour tout autre motif, il se plaignit de ces vilenies. « Ce que vous me dites, répondit le roi, me fait une peine infinie. Un homme comme vous traité chez moi de cette manière, tandis quo l’on connaît mon amitié pour vous! En vérité, cela est affreux! Mais voilà les hommes : ce sont tous des canailles! Cependant \ous avez très-bien fait de m'en parler ; soyez assuré que je donnerai des ordres si positifs, qu’on se corrigera. » Quels que fussenUes ordres que Frédéric donna, on ne se corrigea point, et Voltaire, plus indigné qu’auparavant, ne manqua pas do renouveler ses plaintes. « Il est affreux, répliqua le roi, que l’on m’obéisse si mal, mais vous savez les ordres que j’ai donnés; que puis-je faire de plus? Je ne ferai pas pendre ces canailles-là pour un morceau de sucre ou pour une pincée de mauvais thé; ils le savent et se moquentde moi! Ce qui méfait le plus de peine, c'est de voir M. de Voltaire distrait de ses idées sublimes pour de semblables misères. Ah I n’employons pas à rie si petites bagatelles les moments que nous pouvons donner aux muses et à l’amitié ! Allons, mon cher ami, vous pouvez vous