‹ Voltaire et la société au 18. siècleChapitre 98 sur 431 · SINGULIER EXPÉDIENT · texte numérisé non relu

SINGULIER EXPÉDIENT

passer de ces petites fournitures, elle vous occasionnent des soucis peu dignes de vous : ch bien! n’en parlons plus; je donnerai ordre qu’on les supprime. »

Cette conclusion étonna Voltaire, et par elle-même, et par la tournure que son royal ami sut y donner. « Ah! se dit-il à lui-mème, c'est donc ici sauve ou gagne qui peut .’ En ce cas, sauvons et gagnons ce que nous pourrons! le pire, en ces rencontres est d’étre dupe. » Ce fut ainsi, et dès cette époque, qu’il Gt revendre en paquets les douze livres de bougies qu'on lui donnait pas mois; et que, pour s'éclairer cbez-lui, il avait soin, tous les soirs, de revenir plusieurs fois dans son appartement sous différents prétextes, et de s'armer à chaque fois do l'une des plus grande bougies allumées dans les salles de l'appartement du roi, bougies qu’il ne rapportait pas, et dont il aurait pu dire au besoin : Cest mon sucre et mon café'.

Le vieux comte de Nesselrode, lorsque parurent les Souvenirs de Thiébault, chercha à infirmer la véracité de l'anecdote. Il disait que des ordres avaient été donnés par le roi, pour que, chaque jour, Voltaire eût une table décente de six couverts, et que celui-ci avait la malice de prier huit ou dix personnes. On trouvait, ajoutait-il , de quoi manger; mais les gens de l’office n’étant pas prévenus, il manquait toujours quelques articles, soit café, soit sucre, soit liqueurs, et Voltaire de s’égayer alors par des railleries et des épigrarnmes sur l’humeur parcimonieuse de son royal hôte. A l’en croire, la peau du lion eût laissé échapper les aiguillettes du pourpoint d’Harpagon. Ou conçoit que Nesselrode, qui fut longtemps attaché à Frédéric, prenne parti pour son maître contre le poète ; mais nous ne pouvons qu’être de l’avis du fils de l’auteur

I. Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt uni de séjour à Berlin, tDldot, 1 8UO.'. I, II, p. 33*, 335.

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