HIRSCH A L'AMENDE
judicieusement Thistorien de cette étrange cause, le lieu le plus propre à des achats de fourrures et de bijoux ^ Mais il fallait bien donner une raison, mauvaise ou bonne; et le poëte, acculé, ne sut en trouver de meilleure. Quant à l'attitude de Tisraélite, elle est celle d'un coquin que les scrupules n'étouffent ni n'arrêtent, et très-disposé à profiter des avantages que lui offrent les légèretés et les imprudences de ceux avec qui il traite^.
Ce qui fit grand bruit dans ce procès et jeta dans l'esprit de plus d*un des doutes fâcheux sur la parfaite loyauté de Voltaire, c'est surtout un écrit, à la date du 19 décembre^, qui était un arrêté de compte relatif à la vente des bijoux. Hirsch nia d'abord effrontément que cela fût de lui ; mais, lorsqu'il eut compris l'impossibilité d'aller contre une évidence aussi palpable et aussi brutale, il accorda que la signature et le mot « aprouvé » étaient de sa provenance ; s'il ne les avait pas tout aussitôt reconnus, c'est que les falsifications qu'on avait fait subir au document l'avaient rendu à ses yeux méconnaissable. L'argument ne parut pas plausible aux juges, qui le condamnèrent,
1. Ferdinand Klein, Annalen der Gaetzgebung (Berlin, NicolaY, 1790), t. V, p. 238.
2. Nous lisons ceci, dans une lettre de Voltaire à Frédéric, postérieure à ces débats, bien que de la même année : a Abraham Hirschell vient de jouer à Monseigneur le margrave Henri à peu près le même tour qu'à moi. Pardonnez, Sire , j'ai toujours cela sur le cœur, et je mourrais de douleur sans vos bontés. » Voltaire, Œuvres complètes (Beuchot), t. LV, p. 678. Lettre de Voltaire à Frédéric; à Berlin, le 14(1751).
3. Il en existe un autre, daté du 24' du même mois, qui fut Tobjet aussi de grandes difficultés.