‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 13 sur 342 · U D'ARGENS A BERLIN · texte numérisé non relu

U D'ARGENS A BERLIN

faire cent milles d'Allemagne fort inutilement*. » Le marquis , après un stage d'un mois employé à faire perdre le souvenir de démarches qui avaient déplu *, fut récompensé de ses soumissions par la permission de prendre son vol vers Berlin .^

Frédéric le reçut à bras ouverts. Il l'appelait tous les jours pour dtner avec lui, et ils passaient ensemble des heures délicieuses dans la plus attrayante familiarité. Mais, dans leurs entretiens, il était question de tout, sauf du solide, sauf de l'existence même de d'Argens qui, établi tant bien que mal dans une auberge de la ville, attendait impatiemment que l'on fixât son sort. Thiébault raconte encore que celui-ci, piqué au vif de cette affectation à garder le silence sur le chapitre des appointements, aurait décoché ab irato un petit billet qui ressemblait fort à un ultimatum ^. Rien, au contraire, de plus digne, de plus respectueux que la lettre de d'Argens, où il aborde cette question délicate mais pour lui capitale.

Sire, oserai-je prendre la liberté de faire ressouvenir Votre Majesté qu'il y a environ huit mois qu'elle eut la bonlë de me promettre que lorsque je me retirerais à Berlin, elle m'accor-

1 . Œuvres de Frédéric le Grand (Berlin, Preuss.), t. XVII , p. 205. Lettre de Jordan à Frédéric; Berlin, 12 mai 1842.

2. Ibid., t. XIX, p. 5. Lettre d'Argens à Frédéric; StuUgard, 12 juin 1742.

3. Voici ce prétendu billet : « Sire, depuis six semaines que j'ai Vhonneur d'être auprès de Votre Majesté, ma bourse souffre un blocus si rigoureux , que si vous , qui vous entendez aussi hien ù secourir les Tilles qu'à les prendre, ne venez promptement à son secours, je serai obligé de capituler, et de repasser le Rhin dans la huitaine. » Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin ^[Didot, 1860) » /. lJ,p. 378.

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