RARE DÉLICATESSE
humeur, le brusque de son ton, les épines de son caractère. » Nous en verrons bien d'autres.
Un mois s'écoulait,sans les rapprocher, mais non sans commérages et sans propos. La Beaumelle s'imagine que son arrivée à Berlin doit donner à songer à bien du monde et en inquiéter plus d'un. L'on ne savait au juste (le savait-il lui-même?) ce qu'il voulait; et cette incertitude était de nature à soulever contre lui tous ceux pour lesquels il pouvait être un rival : Darget, entre autres, qu'il ne nomme point, mais qu'il désigne suffisamment.
Le {*' décem., continue-t-il, M"^ de Voltaire m'écrivit que je Tobligerois beaucoup de lui prêter Mes pensées, livre dont on lui avoit dit beaucoup de bien. J'hésitai longtems. Cet ouvrage étoit uneespèce de mystère à Berlin. Je ne vouloispas m'y faire connoitre par un livre^ quoique je susse que de mauvais livres y eussent fait la fortune à bien des gens. J'y louois le roi, et je ne voulois pas qu'on crût que mes louanges fussent intéressées ^ n me suffîsoit qu'à Coppenhague on eût vu de mauvais œil ces louanges excessives. Il me paroissoit au-dessous de moi de chercher à me faire en Prusse un mérite de ce dont on m'avoit fait un crime en Dannemarck»
Sur l'instance de madame de Bentlnck, La Beaumelle se décida à envoyer Mes Pensées à l'auteur du Siècle de Louis XIV, Son hésitation avait une tout autre cause que celle qu'il allègue, et on le comprend de reste, après la lecture du passage suivant : « Qu'on parcoure l'histoire ancienne et moderne, on ne trouvera point d'exemple de prince qui ait donné sept mille écus
1. Mes Pensées (Copenhague, 1751 ), p. i73, 274, 376. Celte première édition a une dédicace, qui est datée du 24 août 1751 , et •ignée du pseudonyme de Gonia de Palajos.