‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 160 sur 342 · Et surpris de ce reproche, » éditions subséquentes · texte numérisé non relu

Et surpris de ce reproche, » éditions subséquentes

230 PARODIE DU HOT DE VoLTÀtRfe À CÔNORÈVE.

Cela est de toute force, et c'est une scèhe à laquelle on ei\t Voulu assister î La Beaurtielle s'épuisant à prouver à un homme qui etitend le français, qui entend la loUange et en a trop tourné lui-raêWè pour n'être pas bon juge en pareille matière, que le passage qui le blesse à si juste titre, est placé là à sa plus grande gloire; Voltaire, pâle, frémissant, se mordant la lèvre, se contraignant pourtant, et presque décontenancé pal* l'aplomb de ce jeune homme de vingt-cinq ans, qui venait le braver, l'insulter jusque chez lui! Mais laissons poursuivre le narrateur, qui ne prenait pas, comme on en va juger, le meilleur chemin pour arriver.

Cependant rougissant sans doute d'une si mauvaise chicane, il s'attacha à cette autre phrase : il n'y eutjamaia de poète aussi bien récompensé que Voltaire. Il inè dit que ce tjue le roi lui donnoit, n'ëtoit pas une récompense, mais un feimplè dddonimagement; et il ajouta en autant de termes ; vous tti'avei sans doute pris pour un homme qiii n*a pas d'argeht i je lui rëpohdis que je savois qu'il éloit fort riche, mais que ce n'éloit point par ià qu'il étoit respectable l il me répliqua (}u'il étoit Officier et Chambellan du roi : je lui répétai ce qu'il âvoii dit à CoHgrève, que s'il n'ëtoit queChainbellan, je ne tne donnerois pas la peine de le voir.

Ces paroles semblèretii TâdoUcir : il m'àssùra qtl*il ne tné savoit pas mauvais gré du passage, mais qu'il ne me seMt pas si aisé de faire ma paix avec Mr. )é marquis d'ArgènS, tluî n'ëtoit ni un bouffon, tii un nain, aveb le baron de Polnltz qui ëtott homme de condition, âveC lé cotnte Algarotti qui ttiëritoit beaucoup d'égards, avecM*"deMauperluis,qui étoit président d'une académie de laquelle il ëtoil bien résolu de défeildhe Pènti^e à quelqu'un qui avoit écrit que des gens, qui sont plutôt les amis du roi que ses beaux esprits, ëtoient des bouffons et des nains.

Ces paroles doucereuses , ces avis miséricordieux, lojn de rassurer Lîi Beaume\\e,àftNîâ^xiV\v>\ÔLÇ>\v\vEt^<5>Yt

ACCUSATION CONTRE DAROET. 531

à réfléchir. Voltaire pardonnaif, et du meilleur de son cœur ; mais il le prévenoit charitablement que tout le inonde, comme lui, ne pratiquait pas. à Berlin aussi absohiment l'oubli des injures. Angliviel, qui n'était pas assez naïf pour ne pas saisir ce qu'il y avait d'ironique et de menaçant dans ces assurances pacifiques, Comprit que, s'il avait voulu la guerre, il allait l'avoir. Et il n'en put plus douter, quand, sur la demande qu'il lui en fit. Voltaire lui eut répondu que le roi avait lu le parflgraphe et qu'il en avait été fort indisposé. « Et qui le lui a donc montré? s'écria La Beauinelle, vous m'aviez promis le secret. » Voltaire répartit que c'était Darget, le seul, avec le poëte, auquel il eût communiqué l'ouvrage. Notre professeur de belleslettres alla tout aussitôt se plaindre à Darget, qui se défendit de toute indiscrétion et lui donna amicalement le conseil de ne pas prolonger son séjour à Berlin. Nous avons eu occasion de faire connaître le caractère loyal et ouvert, quoique prudent, du lecteur du roi ; Angliviel qui ne le nomme pas, tout en le désignant suffisamment, nous le représente comme un petit caractère et un petit esprit, fort inquiet du but où vise le nouveau débarqué, et croyant qu'il en voulait à sa place, une place, remarquons-le en passant, qu'il était impatient de laisser et qu'il quittait même deux mois avant lé départ pour Gotha de LaBeaumelle. Cela ne suffirait-il pas pour nous mettre en défiance contre les assertions passioniiées d'un chercheur de fortune résolu à ne pas marchander avec les obstacles qu'il heurte sur son chemin ?

En somme, U ftillait conjurer Votsi^^. k\\^\mV ^'^^

232 VISITE A MAUPERTUiS.

voir Maupertuis et n'épargne rien pour dissiper dans son esprit toute impression défavorable. Il n'y fût peut-être pas parvenu avec autant de facilité, si l'auteur de la Vénus physique n'eût pressenti, dans cette nature violente , l'ennemi le plus actif comme le plus implacable de l'auteur de Mérope. Quoiqu'il s'en défende, Angliviel venait surtout pour sonder Maupertuis. Maupertuis ne demandait pas mieux de parler et d'envenimer les choses, s'il y avait lieu; aussi accorda-t-il toute satisfaction à La Beaumelle.

Mr. de Maupertuis me dit qu'il étoit vrai, que Mr.de Voltaire avoit donné au souper du roi une mauvaise interprétation à un paragraphe du Qu*en rftra-/-on? comme si j'avois voulu dire que les savans de sa cour étoient des bouffons et des nains, et que le roi étoitun petit prince d'Allemagne; mais que le comte Algarotti étant descendu chez Mr. de Voltaire, et aïant transcrit le passage, le lui avoit aporté à minuit, qu'ils avoient jugé Tun et l'autre que Voltaire i'avoit défiguré avec beaucoup de mauvaise foi, et n'y avoient rien trouvé d'injurieux; qu'il étoit clair que j'avois voulu dire, qu'autant que le roi de Prusse est au-dessus des princes qui font leurs délices des bouffons et des nains, autant les savans de sa cour sont au-dessus des nains et des bouffons; que vraisemblablement ce qui avoit piqué Voltaire, c'étoit ces mots qu'il n'a voit pas dit au roi : t7 y a eu déplus grands poètes que Voltaire, i7 n*y en eut jamais de si bien récompensés.

Voltaire nie les faits tels qu'on les présente ici. Loin d'avoir cherché à animer le roi contre l'auteur de Mes pensées^ il affirme qu'il fut le seul à prendre le parti de l'absent et qu'il s'écria : ce Quoi! faut-il qu'un étranger ne puisse paraître à Berlin sans être opprimé? » Voilà une magnanimité excessive et qui , avouons-le , ne ressemble point à Voltaire. Non, VoUaite ne çcit cas

Page 1