TENTATIVES AUPRÈS DU ROU
la défense de La Beaurnelle ; et si, comme il le prétend, ce fut d'Argens qui attacha le grelot, il n'essaya pas davantage de fermer la bouche au marquis, en lui disant : a Taisez-vous donc, vous révélez les secrets de l'église *. » La Beaumelle devait se préoccuper surtout de l'eiïet de ces révélations sur l'esprit de Frédéric. Le roi était-il irrité contre lui ? Maupertuis lui répondit qu'il ne le pensait pas, et lui donna le conseil d'envoyer son livre à Sa Majesté, comme le seul moyen de la ce déprévenir ; » ce qu'il exécuta aussitôt. Il se garda bien, cette fois, de s'adresser à Darget, dont il se défiait, et remit le paquet, avec une lettre, à Fredersdorff, valet de chambre et favori du prince. Mais Voltaire, qui en eut connaissance, avertit Darget qui eût manœuvré de telle façon que ni Touvrage ni la lettre ne parvinrent jusqu'à Sa Majesté. « Après avoir été ren- -voïé plusieurs fois pour la réponse de Fredersdorff à N... (Darget), de N... à Fredersdorff, toujours mystérieusement, je reçus une lettre de N..., qui me disoit, au nom du roi, des choses qu'il n'est pas possible que le roi lui ait commandées. » Une autre tentative, conseillée par Maupertuis, l'envoi au roi d'un mémoire relatif au projet des classiques français, subissait le môme sort et était l'objet des mêmes manœuvres. En bonne conscience, tout cela est-il croyable, et comment admettre que Darget, quelle que fût sa bonne envie de servir Voltaire et de desservir La Beaumelle, eût pu concevoir l'idée d'une pareille infidélité et hasarder un pareil jeu avec un maître qui n'était pas unroifai-
1 . Vol I aire, OEiivres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 24 1. Letire de Voltaire ù M. Roques.
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néant, qui voulait et savait être iûstruît de tout, et eût châtié inexorablement un abus de confiance comme celui-là ? Mais on ne se fût pas contenté d*évîncer La Beaumelle; Darget eût poussé la folie jusqu'à écrire âU nom du roi des choses que le roi « n'a pu ordonner ! m Encore un coup, qui donc La Beaumelle espérait-il persuader?
A l'entendre, ce sont, de tous côtés, leS mémêâ souterrains pour l'efFrayér et le décider à déguerpir. C'est le chevalier de Saint-André, qui le prévient que son départ est résolu, et que le roi s*en était expliqué catégoriquement à la table de la reine mère. Même propos attribué au prince de Prusse et qui était charitablement redit à La Beaumelle. Mais tout cela ne riûtîmide point et n'est qu'un piège, dans lequel il n'est pas assez simple pour tomber. L'inspirateur de ces manœuvres, c'était Voltaire, Voltaire avec lequel, pourtant, malgré de pareils griefs, il agira en politique qui sait se contenir, attendre le moment opportun d'éclater et jusque-là sourire à l'ennemi.
Quelqu'irritë que je fusse de ces procédés, que j'attribuôis avec raison à M. de Vollaire et à son parti, je crus qu'il étoit inutile de rompre entièrement avec lui, je crus qu'il convenoit dé le ménager. On désarme un tigre en le caressant. J'allai le voir le 3 de janvier 1752 avec M. de La Lande, le môme qui à, 20 ans^ sans cabale, sans femmes, est entré dans un corps^ où il est fort glorieux d'entrer à 60 *. Il fut témoin de l'accueil de Mr.de Vol-
1. « La Lande avait été, nous dit Maupertuib, envoyé par le ministère de France pour faire à Berlin les observations de la lune correspondanies à celles que faisoit M. l'abbé de la Caille au cap de lîonne- Espérance. » OEuvres de Maiiper luis {Lyon, 1768), t. 111, p. 330. 11 arriva à Berlin, fin septembre, comme nous l'apprend la Gazelle
'irecht du vendredi 8 octobrenbV ^tv« L\\\.V\, ia^v^U