RÉCIT DE LALANDE
taire; il vit combien je me possédai, combien je donnai à la douceur, à la pillé, au respect qu'on doit aux talens. 11 falloit que le désir de n'être pas mal avec cet homme fût gravé bien profondément en moi. Ma modération fût si grande, que Mr. de La Lande en fut étonné; et M. de La Lande est l'homme de France le plus modéré.
Mais, pour étonner par sa modération Thomnie de France le plus modéré, il fallait que cette vertu, toute nouvelle chez La Beaumelle, eut été soumise à de bien dures épreuves; et il n'était pas inutile, lorsque Ton est si prolixe d'ordinaire, d'entrer dans quelques détails sur les violences, les emportements furibonds de Voltaire. Il n'était pas moins piquant de démontrer, par son exemple, comment « on désarme uti tigre en le caressant. » Eh bien, cette entrevue, sur laquelle il reste muet, le récit nous en a été fait par celui même qu'il adjure et qu'il prend à témoin. Bien des années après (les deux ennemis étaient alors également dans la tombe), Wagnière, qui recueillait tous les matériaux qu'il pouvait rencontrer pour servir à l'histoire de son maître, s'adressait à de Lalande, dont la réponse ne se faisait pas attendre.
... Je voyais La Beaumelle chez Maupertuis, Je savais que M. de Voltaire ne l'aimait pas. Je crus, avec la confiance d'un jeune homme , que je pouvais contribuer à une réconciliation; je m'offris à l'y accompagner. Mais M. de Voltaire, qui voulait sans doute éviter une explication, fit semblant de ne pas le voir, et me parla d'une manière si continue à moi seul, qu'il ne donna pas le temps à La Beaumelle d'entamer une explication. Sa modération consista donc à ne rien dire. Je m'aperçus que le silence de M. de Voltaire m'accusait d'indiscrétion. Je me retirai au bout d'un quart d'houre. M. de Voltaire me reconduisit avec des témoignages d'afl'ection qui contrastaient avec Faffeclation de ne pas regarder La BeaumelCe^ ^Id^^vii^^ %fôWkr