IV
WZ ÉCLAT.
Le H, il me Gt prier 2 fois de passer chez lui ; je croîoig que madame de *** lui avoit parlé et qu'il vouloit se justifier. A peine fus-je assis, qu'il me dit: J*ai apHs avec le plus sensible chagrin, qu'on a- débité ici quelques exemplaires de cq livre, pù un Chambellan du roi est traité de bouffon et de nain. Je lui répondis qu'avant le traité de paix j'en avois vendu 12 k un libraire, qu'hier j'en avois racheté la moitié qui m'avoit eoûté 250 th., qu'ainsi il n'y en avoit que 6 exemplaires de distribués» Six exemplaires! répliqua-t-il, ee aont 6 coups de poignard Pas tout à fait, lui dis-je; mais, ajoutai-je, je ne vous avois point promis de racheter des exemplaires, je l'ai fait par égard pour moi-même; je m*attendoia à des remercimens, et vous oie faites des reproches. Je croSpis que tout étoit fini, e( vous commencezavec plus d'aigreurquejamais. Quelle conduite!
Après avoir fait deux tours dans la chambre, il me dit qu'il y avoit un molen de réparer l'outrage. Il faudroit, poursuivitril, un carton, où par les contraires vous désavouassiez le sens qu'on peut tirer de ce passage. Je lui répliquai que je n'aimois pas les cartons, que le livre étoit déjà répandu à Pari&, qu'un carton étoit inutile, et que je ne savois qu^y mettre. Il m'au»* roit bien tiré d'embarras, si j'eusse voulu le lui laisser faire,
Ne faites-vous pas à Hambourg une seconde édition? Oui, on y en fait une, mais vous ne sauriez y entrer; on en ôtera tout ce qui n'est pas politique; on n'y laissera que des grands hommes. M^is vous y laisserez M. de Montesquieu. Assurément, lui dis-je, ni moi, ni mon livre ne pouvons vivre sans lui : mais M. de Montesquieu est un homme grand dans le grand, au lieu que les poètes ne sont grands que dans le petit. Du reste, je 9uis fort surpris que vous vpuUe:^ une placp dans un ouvrage dont il y a tant de mal à dire et dont vous en avez tant dit chez mylord Tyrconnel.
Puisque vous ne m'entendez pas, me dit-il, c'en est fait. Volontiers, repartid-je : aussi bien, n'étoit-çe que par égard pour le public que j'en ai eu jusqu'ici pour vous.
A ces mots son visage s'enflamme, ses traits s'allongent, ses yeux s'arment de la foudre, sa bouche se remplit d'écume, ses ^ras se plac0nt h ses côtés avec une majestueusp furf ur i vous eussiez dit qu'il jouoit Rome sauvée. Traiter ainsi, s'éçria-t-il, traiter ainsi un OfiBcier de deux grands princes, traiter ainsi un Chambellan du roi. Si vous n'en êtes pas content, je vous trai-
»i comme il vous plaira, vous n'avez qu'à dire.
meNâCès 1)E Là SËAtlltÊLLS. 243
Cependant il se bâitoit en retraite verà uh c&binet Voisin, ëft assez boilne contenance. Je lui dis :
Que mes armes , consul , né blessent point vos yeux.
Je ne violerai point l'hospitalitëi Mais, à cela près, craignei tout de moi. Dieux I s'écria-t-il, quelle insolence 1 dans ma maison 1 Le téméraire s'en repentira. Le repentir, misérable que tu es, sera pour toi. Je sais toutes tes noirceurs; je Souilleroil ma bouche en lés répétant; mais je saurai tes punir* Je te poursuivrai jusqu'aux Enfers; je veux que tu dises : hélas! Des(onlaines et Rousseau vivent encore. Ma haine vivra plus lohgtems que tes vers» En ce moment j'ëtdts si itidignë, que je crus qu'il me seroit possible de lui tenir parole. Que je con» noissois mal mon cœur^
Est-ce assez exlravagailt, assez insolent, asâez ridicule et révoltant tout ensemble? Et, quelque peu de penchant que Ton se sente pour Voltaire, n'est-on pas profondément indigné de la conduite sans nom de ce jeune homme à l'égard d'un homtne qui eût pu être son père, qu'il outrageait odieusement, et qui eut été dans son droit en le faisaût jeter par la fenêtre ? Mais Là Beaumelie ne sMmagine pas avoir poussé trop loin les choses, et voici ce qu'il dit du récit de ces aménités : t( Ma Lettre sur mes démêlés avec Voltaii*e est une preuve de ma modération, dans le cas où la lùodératîon est possible. J*y raconte le mal qu'il m*a fait avec autant de sang-froid qu'il le fit^. » Et ne croyez pas qu'il raille; il le dit comme il le pense, et il veut être
1. Le Êiééh pblitttlUé de Lbuls UV (à Siédopôllâ, 17&3), p. 328 à 331. Lettre de M. de La Beaumelie sur ce qui s'est passé entre lui el Voltaire.
2 . Réponse dU Supplément du Siècle de louis Ht (à Coltbdrj 1 754), p. 118.