‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 168 sur 342 · DÉMARCHES CONCILIANTES · texte numérisé non relu

DÉMARCHES CONCILIANTES

jugé d'après un téraoignage dont l'impression est tout autre sans doute qu'il ne se le figure. Faisons observer, toutefois, que la réflexion le porta à adoucir un peu la péroraison de sa Catilinaire, dans la seconde édition de cette étrange pièce ^ Mais il était arrivé à ses fins ; il avait humilié, outragé Voltaire, donné de la pâture aux rieurs, qui se trouvaient en nombre à Berlin aussi bien qu'à Paris. « Cette scène, ajoute-t-il, divertit le public, et fût dit-on, versifiée par un comédien ^. »

Madame de Bentinck avait, assumé une assez rude tâche, celle de réconcilier deux adversaires que trop de griefs déjà, trop de motifs de haine et trop d'outrages séparaient, pour que tout rapprochement fût possible. Les services qu'elle avait rendus à La Beaumelle étaient des titres à sa condescendance; elle obtint de lui qu'il écrirait à Voltaire. « J'obéis à Madame de ***; elle approuva ma lettre, malgré un peu de cette hauteur qu'on prend sans s'en apercevoir quand on écrit à un homme qui s'est aviU. » Cette hauteur ne lui permit pas de donner au poëte, sur l'enveloppe de la lettre, ses titres de gentilhomme ordinaire; et il ne fut guère question que de cette omission dans la réponse de celui-ci, que La Beaumelle ne voulut pas recevoir, parce qu'elle n'était pas signée. Les démarches conciliantes de la comtesse n'avaient eu d'autre résultat que d'envenimer un peu plus les choses. Le Siècle de

1 . Réponse au Supplément du Siècle de Louis XIV (à Colmar, 1754), p. 148.

2. Nous avons chercha et fait chercher cette pièce sans succès. La perte apparemment, en admettant qu'elle ait jamais existé, n'est pas de celles dont il faille renoncer à se consoler.

ULTIMATUM D'ANOLIVIBL. 245

Louis Jr/Kvenaitde paraître ; LaBeaumelle de déclarer que le livre était plein « de pauvretés, de fautes et d'esprit. » L'on voit que ce galant homme sait être équitable ; et, comme au jugement de bien des gens l'arrêt parut un peu dur, il se fit fort de joindre des pièces à l'appui, et annonça un examen critique de l'ouvrage.

C'est à ce moment qu'il devient véritablement redoutable. Voltaire, qui avait tout fait pour être aussi renseigné que possible, qui avait frappé dans ce but à toutes les portes, n'en était pas moins effrayé de cette menace faite par un homme, dans les mains duquel avait passé la correspondance de madame de Mainteuon. Était-il sûr que cette correspondance lui donnât incessamment raison, et ne devait-il pas s'attendre à plus d'un démenti ? Ces craintes se conçoivent; elles étaient fondées et ne témoignaient pas plus contre l'érudition de Voltaire qu'elles n'affrmaient celle de La Beaumelle, dont le plus grand mérite consistait à s'être approprié, d'une façon ou d'une autre, un ensemble de documents embrassant l'époque la plus curieuse, sinon la plus glorieuse du règne. L'auteur du Siècle de Louis XIV ^ épouvanté de ces menaces, essaya de l'intimidation ; il fit dire par la comtesse à Angiiviel qu'il avait tout à redouter, s'il ne renonçait pas à un pareil projet. La Beaumelle répondit superbement à sa protectrice que, si elle lui eût ordonné de sacrifier son travail à son respect pour elle, il n'eût pas hésité; mais, qu'en lui rendant les menaces de M. de Voltaire, elle et lui le mettaient dans l'impossibilité de ne pas poursuivre.là^ Nx^\^é ^%\ ^

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