LA COUR DE GOTHA
qu'on accorde ordinairement aux gentilshommes, de sorte que, se voyant sur un pied équivoque, il a pris le parti de passer la plupart du temps enfermé dans son auberge, où il s'occupe continuellement à écrire. Il nous a fait l'honneur de nous venir voir souvent et de nous lire plusieurs morceaux de ses ouvrages, entr'autres de celui qui est intitulé Mes Pensées, qui est écrit assez librement et hardiment, et qui pourroit bien en France faire mettre son auteur à la Bastille. Il l'a considérablement augmenté, et il auroitbien voulu le faire imprimer ici; mais on lui en a refusé la permission, parce qu'il n'a pas voulu se soumettre au jugement de quelques censeurs qu'on prétendoit lui donner. Il travaille aussi à la vie de Zoroastre et à un recueil de sentimens de ce philosophe... Il nous a lu de ses poésies, entr'autres sa tragédie du Comte Julien ^ qu'il fera repré* senter dès qu'il arrivera à Paris *.
Il avait quitté Berlin avec l'idée bien arrêtée de publier ses remarques sur le Siècle de Louis XIV, et, arrivé à Gotha, il mit son projet à exécution. Quatre feuilles étaient déjà imprimées, quand les instances de madame de Bentinck le décidèrent à en faire le sacrifice, ce qui semblera assez étrange, si Ton n'a pas oublié sa réponse à la comtesse. Il passait une bonne partie de son temps à la bibliothèque de Gotha, où il trouvait, disait-il, des secours qu'il n'avait pas rencontrés dans celles de Copenhague et de Berlin. Mais l'emploi du reste de la journée devait lui être assez pénible. La cour, la bonne société lui étaient fermées. Que faire? On ne vit seul à aucun âge , et surtout à l'Age de La Beaumelle. Jîous avons pu juger, par une première aventure, qu'il s'enflammait vite, et ne demandait aux femmes que d'être jolies et faciles ; le séjour forcé de
1. Formey, Souvenirs d'un Citoyen (Berlin, 1789), t. II, p. 231, 232, 233. Ni cette Vie de Zoroastre^ ni cette tragédie du Comte Julien Be sont retrouvées.