‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 175 sur 342 · IV · texte numérisé non relu

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complètement que celle au sort de laquelle il s'associait était une misérable, et nous ne faisons aucune difficulté de croire qu'il se sépara d'elle aussitôt qu'il eut découvert son infamie.

Ce qui résulte de tout cela, c*est la légèreté, la témérité, le côté aventureux et irréfléchi d'Angliviel^ que la vanité était capable de précipiter dans les abîmes. Tant qu'il vivra, l'impétuosité de son caractère, son élourderie gâteront en lui les dons les meilleurs^ et rempécheront trop souvent d'apprécier bien saine* ment la moralité de ses démarches. On a fait de La Beaumelle une victime de Voltaire, mourant à la peine sous les coups de ce vieillard implacable. Nous en avons déjà assez vu pour juger d'où vinrent les torts; plus tard, il ne laissait pas de reconnaître que c'était lui qui avait pris l'initiative de l'attaque : « Je l'ai entendu, nous dit La Harpe, il y a deux ans (1774), avoUef luî-Dàéfllè que son procédé était inexcusable, et qu*il avait eu les premiers torts avec M. de Voltaire K » L'auteur du Siècle de Louis XI V n'eût pas demandé mieux en effet de n'avoir rien à démêler avec lui ; et, pour le présent, il était même suffisamment inquiet des desseins de ce nouvel ennemi, qui l'avait menacé en toutes lettres de ta le poursuivre jusqu*aUx enfers. »

Il fut vite Instruit de ce qui se tratoait. Il était en felallotts avec M. Roques, conseiller ecclésiastique dli landgl-aVe de Hesse^Homberg, qui travaillait au Journal de Francfort et avait des liaisotis assez étroites

1. LaHarpe, Correspondance liiiéraire (Paris^ 1S04), 1. 1, p. 240, 24Î.

avec La Beaumelle ; il lui écrit, se plaint des procédés de Fauteur de Mes Pensées^ avec une longanimité inspirée sans doute par Famitié qu'il savait eiister entre eux. c Je suis fâché, lui mandait-il, que M. de La Beaumelle, qui m'a paru avoir beaucoup d'esprit et de talent, ne s'en serve à Francfort que pour faire de la peitie à mon libraire et à moi, qui ne lavons jamais offensé... Il est à présent à Francfort, il n'y fera pas une grande fortune, en se bornant à écrire contre moi ; il devait tourner ses talents d'un côté plus utile et plus honorable. Il avait commencé par prêcher à Copenhague. Il a de l'éloquence, et je ne doute pas que les conseils d'un homme comme vous ne le ramènent dans le bon chemin ^.. » Voltaire procède par l'insinuation ; l'ouvrage de La Beaumelle n'a pas encore paru, et l'intervention de M. Roques, ses représentations ouvri* ront, c'est à croire, les yeux à celui-ci sur le brigandage littéraire qu'il projette. Dans une seconde lettre, tout aussi modérée par la forme, il réitère ses plaintes, démontre combien serait blâmable une pai'etlle action et ne laisse pas d'en indiquer les conséquences pour le coupable; car, Walther, le libraire qu'on dépouille, est résolu à revendiquer ses droits et à défendre son bien par tous les moyens en son pouvoir. « Cela va faire un événement qui certainement causerait beaucoup de chagrin à M. de La Beaumelle, et qui serait fort triste pour la littérature. •. J'ose vous prier, Mon-

1. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 204, 205. Lettre de Voltaire à M. Roques. Cette lettre est datée, dans l'édition de Baie, du 28 octobre. En tous cas, elle ne peut être du mois d'avrll^ comme elle se trouve cJa«ée dans l'édlUoix âL^lk^VX.

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