IV
fil78 ASCËNI^ION DE E*AVASÀlA.
L'histoire de cette expédition^ qui ne pelit ttotivet ici la place qu'elle mériterait, n'est pas la page la ttioins glorieuse de nos annales scientifiques : chacun y eut Ba part de fatigues et de dangers, et Maupertuis, pôui* ne parler que de lui, s'y montra d'une intrépidité réelle* Une observation avait été négligée sur AVft* aaxaj montagne escarpée que les rocher»} la neige, les abîmes, rendaient infranchissable*, il décida de l'escalader. Un petit traîneau attelé d'un renne lefe Iransporle^ lui et l'abbé Outhier, à travers les préci^ pices, jusqu'au sommet, où ils demeurèrent le temps nécessaire à cette dernière investigation* n M. de Maupertuis, nous dit ce dernier^ se chargeoit volontiers de ce qu'il y avoit de plus pénible, et vouloit que tous les autres fussent mieux, ou plutôt moins mal que lui *. V S'ils coururent des dangers de plus d'une sorte, l'inclémence de ces rudes climats fut ce qui soumit à plus d'épreuves le courage de ces hardis explorateurs. Us se virent assaillis, tout d'abord, par une infinité de cousins et de grosses moUches à tête Verte, ta qui tirent le sang partout où elles vous piquent, r> et dont Thiver ne les débarrassa pas^. Cet hiver fut pour eui d'une dureté incroyable^ et il ne suffira que de lire le récit de Tune de leurs excursions, pour se faire une idée de ce qu'ils eurent à endurer et à souffrir.
... On imaginera ce que c'est que de marcher dans une neige haute de deux pieds, chargés de perches pesantes, qu'il
1. L'abbé ÔUthler, Soutnûï d*Ufi voyage du Nijrd en 1736 et i737 (Amsterdam, 1746), p. 130^
2, Maupertuis^ OEuvres ÇLyon^ 17G8)^ t. III^ p; 104, 203. Mesure de la terre au cercle polaire.
falloit continu0llement poser sur la neige et relever; pendant un froid si grand, qije la langue et les lèvres se geloient sur le champ contre la lasse, lorsqu'on vouloit boire de l'eau de vie, qui ëtoit la seule liqueur qu'on pût tenir assez liquide pour la boire, et ne s'en arrachoient que sanglantes i; pendant un froid qui gela les doigts de quelques-uns de nous % et qui nou^ menaçoit à tous niomens d'accidents plus grands encore. Tandis que les extrémités de nos corps étoient glacées, le travail nqus fajsoit 8g0r, L'eau-de-vie i)e put suffire à nous désaltérer, il fallut creuser dans la glace des puits profonds, qui étoient presque aussitôt refermés, et d'où l'eau pouvoil à peine parvenir liquide à la bouche : et il falloit s'exposer au dangereux coptr9ir0 que pouvoit produire dans nos corps échauffés cette eau glacée »,
Au reste, on s'étfiiL vite outillé de façon à se défendre autant que possible contre cette température glaciale. Le mieux, en pareil cas, est de se modeler sur les gens du pays. «Il p y a aucun habitant, Finlaqdois ou Lapon, même Suédois, qui n'ait son habit de peaux de rennes. Nous en avions aussi chacun un ; on les nomme lappemudes,etron s'en sert comme deRodingottes.Onen met le poil en dehors, et on le double d'une toile, d'une serge, ou d'une autre peau dont le poil se trouve en dedans*..* » Ce n'est pas sans raison (jue nops don-
1. a M. Le Menier buvant de Teau-de-vie, sa langue »p oolla ^ la t499(j d'argent, 4e façon que h peau y (lemeura, f ^i (l^peœ? bre 1736. L'abbé Quthier, Journal d'un voyage au Nord en 1736 ei 1737 (Amsterdam, 1T46), p. 214.
2. G'e^t à H^upertuis, qui a la modeslie de ne pas se nommer, que cet accident arriva, « M. de Maupertqis, nous dit epcor^ r^b|:)é Outhier, a eu seulement quelques doigts de pied gelés... » Oc a seulement » est caractéristique; cet accident était au-dessous de la moyenne d^s incommodités qu'ils avaient h supporter.