‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 193 sur 342 · CHRISTINE · texte numérisé non relu

CHRISTINE

et notre gaîeté sufGsoient pour la douceur de notre vfe. Les habitants du pays nous avoient pris en amitié; M. Hélant, notre interprète pour la langue finnoise, nous a dit aujourd'hui à dîné, qu'il y avoit plusieurs paysans, qui demandoient à nous suivre en France, où ils apprendroient, disoient-ils, à nos pêcheurs à faire la pêche du saumon. »

Maupertuis, par sa belle humeur, soutenait le moral de ses compagnons, qui n'avaient pas tous sa vigueur ni sa jeunesse; il avait eu le soin d'aviser pour son compte propre, aux moyens de tuer le temps de son mieux et le plus galamment. Il ne devait au public que le récit de leurs travaux; aussi est-il fort bref sur l'emploi des heures que n'absorbaient pas les explorations scientifiques; et l'abbé Outhier, qui n'était pas de mœurs trop rigides, ne se montre ni moins boutonné, ni moins circonspect ^ Maupertuis était resté mousquetaire par plus d'un côté. Il se prit de belle passion pour une jeune Finlandaise, à laquelle il donne le nom de Christine, et qui devait même le suivre en France. Il a chanté leurs amours en vers cavaliers, qui ne sentent aucunement le géomètre.

Pour faire Tamour En vain Ton court

1. L*abbé Oulhier, grand prédicateur et directeur, ftit accusé, à Arles, par une de ses pénitentes, d*avoir voulu la séduire en confession, et il dut, à la suite de ce scandale, résigner son canonicat. 11 se retira à Avignon, où il fit imprimer secrètement une Dissertaiion théologique sur le péché du confesseur avec sa pénitente (Avignon, 1732), in-12 de 124 pages. C'était un homme d'esprit, s'exprimant fort bien, mais d'un Ion afflrmatifet hautain qui lui attira moins de partisans que d'ennemis. U mourut à Bayeux, le 12 ayril 1774. Quérard, la France littéraire^ t. VI, p. 517.

28â MAUPERTUIS BOETE.

Jusqu'au cercle polaire.

Dieux! qui croiroit

Qu'en cet endroit On eût trouvé Gythère ?

Et ce madrigal h la gloire eppû}*e de s^ )|)ipfÇ)SGopigi|§ maîtresse :'

J'avois perdu Christine dans la neige;

Amour, voulois-tu m'éprouver?

Christine dans la neige, hëlasl copuqfiepf ppuypis-j^

Espérer de la retrouver?

En vain de tous côtés j 'a vois cherché ses charmes,

^'étois transi de douleur et de froid,

Qu^nd mes yepx à trayers n)p$ Ic^ri^ps

Aperçurent certain endroit Où la neige sembloit et plus blanche et plus fine.

J'y courus; c'étoit ma Christine *.

Nqijs trouvons, dans une pptite brpcjiHre^ ^ont Vm-. leur n'eut garnie de se nommef toutd'^|:)fir{}? des détfiil^ sur ce séjour à Torqéa, qqi, s'ijs p'ptaiqptHne plais^riT terie, révéleraient nos savants sops un ^spect assez différeqt de celui sous lequel ils nou^ îjpp^raissept.

Les compagnons de M. de M., à Fexemple de leur chef, prirent chacun des maîtresses, et chacun bientôt n'eut d'autre astre à observer que sa Christine. La franchise et la liberté qui règne dans ces climats et la complaisance des habitans, introduisirent bientôt à Tornéo les mœurs de la France; il n'y resta de |a Lapponip que le peu 4^ spifpi pour l^s Ql^^erv^tipns et pour les calculs. Ce n'étoi|; |,ous Ips jour§ qii'^5sprab|ées, qu^ t)aU, que CQlin-f|iail!ard§. Ceux qui pqj, reprQpl^é k j|« de Mt (J'^vqir pendant cp voyage \^\^^é manquer j^es ppippagnons fil Iqj des ctioses 1jb§ plus nécessaires, pqmrpedfi p^in, de vin? etc., deyoiei^^ ()u moins lui rendre la justice d'^ivQuer qu'il d<i

|. SQçiàt^ Ues BibiiophUes français (1829), t. Vi. Letifre de Ifaupertuis à madame de VertQillaQ; de Pel|o> 6 Avril 1737, p. S.

AFFBCTATI0N8 D*ÛRI0INiLITÉ. 288

nranqupit do SQin que pour c^s sortes de choses; et quand il s'9gissoit de soutenir l'honneur de la galanterie françoise,i| |i*épargnoit rien pour les fêtes et pour les bals. Aussi le bruit de ces fêtes se répandit de Tune à l'autre rive du golfe de Bothnie. L^s gens qui vouloient se bien divertir venoiept ^ Tornéo, a^ il y vint une trèsrhQn^ète demoiselle de plus de 30 jieues exprès pour voir les philosophes françois *.

Si ce récit n'a rien de bien exact, ce n'est p^s (|ue l'autpur n'ait été suffisamment édifié sur la vie intime de nos modernes Argopau^G?* Le petit écrit auquel qous l'empruntons, est un persiflage à fleup (jp peau qui éraille Maupertuis sans lui f^ire grj^nd mal et si bénignement, qu'en fin de compte, il passe pour éfre de lui. C'était là une (}es mille ||nesses de l'illustre gépraètre pour dérouter l'ennerpi et )ui donner le change, et \\ lui arrivera plus d'une fois 4e répéter la même manœuvre. C'était eqcoreun moyen de fi^ppr l'attention, et, avj^nt tout, Maupertuis youlait qu'on parlât de lui. Cette Fiur landaise qu'il amenait à Paris ^, ce nègre Oriqn qui ng le quittait pas^ cet extérieur étrange, celte perruque ronde pt courte, formée de cheveux rqux et dp crjns popdrés en jaune quj couronnait sa t^te^^ tenaient eq éveil la curiqsité, et il ne demandait pas autre choscj

t. Ànecdqtes physiques ef morales (1738), p. 35, 36.

2. Ce n*e8t pas une mais bien deux Finlandaises, les deux sœurs, qu'il pwmpna ^n frapoe; ellps §'9PpelaiQQt PlaUpom- Mauportuls lei ac<|fiit à la fQi c^tholiquQ ; l'i^ne d'elj^& se Gt mêmp rejigi^use. li'autr^ épousa un gentilhomme normand, qui n'eut pas trop à se louer de sa conduite, ce qui résulte suffisamment du procès pn adultère qu-il lui intenta en 1762. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. XII, p, 78. Quatrième Discours sur Thomme; t. XIV, p. 180. Le Russe à Paris,

8. Gpllini, Jfon séJQur auprès de Jf. de VoUaire (Paris, 1807), p. 36.

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