‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 195 sur 342 · PETITE PERFIDIE · texte numérisé non relu

PETITE PERFIDIE

soulevées sur la façon d'opérer, sur l'emploi des înstruments. L'expédition dont La Condamine Taisait par* tie n'était pas de retour, et les résultats de ses observations pouvaient ne pas s'accorder avec les assertions de Maupertuis et des siens. En tous cas, avant de se prononcer, il était aussi sage qu'équitable d'attendre son arrivée.

Mais ce répit, l'impatience de Maupertuis ne le subissait qu'en frémissant, et il allait tout mettre en œuvre pour pousser d'ici là l'ennemi dans ses derniers retranchements. Il avait le trait mordant, l'ironie, l'artiôce, la malignité, disons la cruauté du pamphlétaire; il avait encore l'impitoyabilité de l'ambitieux que rien ne saurait fléchir. Le président Hénault a remarqué avec justesse que Cassini était à Maupertuis ce que Crébillon était à Voltaire. Devant les doutes qu'on lui oppose, usant de son stratagème favori, Maupertuis répand dans le public une brochure anonyme dirigée en apparence contre lui et qu'il fait suivre d'une seconde également anonyme sous le titre S! Examen désintéressé. Cette dernière pièce eut le plus grand débit. Sa placidité, l'air d'impartialité avec lequel elle pétait écrite trompèrent si bien tout le monde, qu'on ne soupçonna point l'intention cachée sous les dehors les plus bénins. L'auteur laissa gloser, il laissa les juges prendre le change et se fourvoyer; et quand il pensa que la mystification avait eu tout son effet, il se démasqua et déclara la paternité. Après cet aveu, la signification de la brochure passait du blanc au noir; les éloges se transformaient en moquerie, et, là où l'on avait cru voir une défense plus ou moins spécieuse de

28fi MAUPERTUIS OHEg M. D'ARGENSON.

Cassini, il fallut bien reconnaître le persiflage le plu» amer et le plus cruel. Des lettres des trois académiciens dépéchés à Téquateur venaient du reste confirmer les observations faites au pôle Nord, et donner gain de cause à Maupertuis.

Il semblerait que la dispute eût dû en rester là. La modération de Cassini, qui ne pouvait d'ailleurs se roidir contre Tévidence, était de nature à désarmer un ennemi généreux. Mais la résistance avait exaspéré le • vainqueur, qui ne se sentit pas la magnanimité d'éparvr gner l'adversaire terrassé. Maupertuis, se trouvant un jour chez M. d'Argenson, dont il était le protégé, improvisait séance tenante, contre le^ Cassini, une satire tellement plaisante, que le ministre souhaita qu'elle fût conservée. Rentré chez lui, l'illustre géo* mètre se hâta de jeter sur le papier ce spirituel badinage, qui serait avoué par Voltaire lui-môme. CelQ est intitulé : Lettre d'un horloger anglois à un astrort nomedePékin\ et n'a été tiré qu'à quatre exemplaires que le bibliophile payerait au poids de l'or; ce livret de soixante-trois pages a pour nous un mérite plus

1. lettre d'un horloger anglois à un astronome de Pékin<t traduit^ pjir M***, année U^Q. Ça p«tit livrp, comme on le dU, n^ fut tjF^ qu'à quatre exemplaires, et un exeipplaire d'épreuve conservé par rinor primeur Guérin. « C'est celui que j'ai lu, » trouvons-nous dans une note du P. Brolier, reproduite par Quérard, France littéraire (Pftrjs, 1833), U V, p. ()42. Que sont devenus ces quatrp uniques exepir plaires? Nous en avons retrouvé deux : l'exemplaire de M. d'Argenson, magnifique reliure en maroquin bleu, que possède la Bibliothèque dp l'Arsepal; et rei(emplaire de La Qondaminp, même reliure, o^^ror quin rouge ^ qui se trouve à la Bibliotiièque impériale. A (^ui Maupertuis avait-il donné les deux autres? dans quelle collection publii que ou privée jSont-iU préfteuleme^i? G'est ce que nous ignopons.

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