LE COUREUR DE MOLWÏTZ
ter à seg triomphes. Avant d'être géomètre, n'avaît-il pas été mousquetaire? Il enfourche un cheval de combat et chevauche aux côtés du roi. Ce n'est pas tout à fait ce que raconte Voltaire. « Maupertuis, qui avait cru faire une grande fortune, s'était mis à la suite dans cette campagne, s'imaginant que le roi lui ferait^ au moins fournir un cheval ; ce n'était pas la coutume du roi. Maupertuis acheta un âne deux ducats le jour de l'action, et se mit à suivre Sa Majesté sur son âne du mieux qu'il put^ » Glorgau et Brieg étaient pris, et l'armée allait de conquêtes en conquêtes, quand l'ennemi, commandé par le comte de Neuperg, vint opposer un front formidable à ces victorieux qu'il était temps d'arrêter. Cette bataille de Molwitz, si elle fut gagnée par les Prussiens, fut perdue par le roi que le maréchal de Schwerin, plus qu'inquiet sur le succès de la journée, décida à s'éloigner. C'était un singulier début pour un prince, dont l'intrépidité est hors de doute et qui se ménagea si peu dans la suite, oc Dès le premier choc, dit encore Voltaire, le roi, qui n'était pas accou* tumé à voir des batailles, s'enfuit jusqu'à Opeleim, à douze grandes lieues du champ où Ton se battait, yt Ce qui lui valait le surnom injurieux de coureur de Mol-' îvilz. Il ne tardera pas, il est vrai, à entasser revanches sur revanches, et cette petite mais cruelle plaisan* terie perdra bientôt toute signification. Malgré cela, Frédéric ne pardonna jamais à Schwerin une violence excusable à la quelle il n'avait que trop aisément cédé ^.
1. Voltaire, OEuvrei complèteg (Benchot), t. XL, p. 69. Mémoires pour servir à la vie de M. de Voltaire, écrits fiar lui-même.