LETTRE DE FRÉDÉRIC A MÂUPERTUIS
devait épargner ni les promesses ni les flatteries pour attirer à sa cour les grandes illustrations d'un pays qu'il considérait comme sa patrie intellectuelle, s'empressa d'écrire à Mauperluis une lettre pleine de caresses, auxquelles une nature moins vaine eût malaisément résisté. « Mon cœur et mon inclination excitèrent en moi, dès le moment que je montai sur le trône, le désir de vous avoir ici, pour que vous donnassiez à TAcadémie de Berlin la forme que vous seul pouvez lui donner. Venez donc, venez enter sur ce sauvageon la greffe des sciences, afin qu'il fleurisse. Vous avez montré la figure de la terre au monde ; montrez aussi à un roi combien il est doux de posséder un homme tel que vous^ » Maupertuis fut reçu, avec une distinction, des égards qui achevèrent de le conquérir. Voltaire et lui se rencontrèrent à Clèves, à la table du jeune roi, et, au moment où il s'éloignait pour rejoindre madame du Châtelet , le poëte écrivait au géomètre : a Quand nous partions tous deux de Clèves, que vous prîtes à droite et miii à gauche, je crus être au jugement dernier, où le bon Dieu sépare ses élus des damnés. Divtis Fredericus vous dit : Asseyez-vous à ma droite, dans le paradis de Berlin; et à moi, il me dit : Allez, maudit, en Hollande^. » Cela ne ressemblet-il pas à une prophétie ?
Maupertuis avait suivi Frédéric à Berlin; il voulut raccompagner à l'armée, partager ses dangers, assis-
1 . OEttvres de Frédéric le Grand {UerWn, PreUM.), t. XVU, p. 335, 336. Lettre de Frédéric à Maupertuis; juin U40.
2. Voltaire, Œuvres complûtes (Beuchol), l. LIV, p. 202 Lettre de Voltaire h Maupertuis; à ta Haye, ce Ig geyleinbre 1740.