‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 207 sur 342 · L'ARCHE DE NOÉ · texte numérisé non relu

L'ARCHE DE NOÉ

touteg sortes de volailles étrangères. Il fit venir une fois da Hambourg une cargaison de poules rares avec le coq. Il étoit dangereux quelquefois de passer à travers la plupart de ces animaux, par lesquels on étoit attaqué. Je craignois surtout beaucoup les chiens islandois. M. de M. se divertissoit surtout à créer de nouvelles espèces par accouplement de différentes races; et il montroit avec complaisance les produits de ces accouplemens qui partiel poient aux qualités des mâles et des femelles qui lesavoient engendrés^ J'aimois mieux voir las oiseaux, et surtout les perruches qui étoient charmantes. Je crois encore avoir sous les yeux une vision bien amusante. Lorsque M. de Lisle passa par Berlin avec son épouse, venant de Petersbourg, et retournant en France, nous fûmes invitée ma femme et moi à dîner avec eux chez M. de M., le 10 d'août 4747. Les autres convives étoient le comte Aigarotti, M. de Eedern, depuis comte, à présent grand-maréchal du roi, M. et madame Euler. Une petite perruche se promenoit librement sur la table; elle prit une cerise, et s'envolant, se posa sur Ja tète de madame de Lisle, où elle dépeça et mangea sa cerise de la meilleure grâce du monde. Madame de Lish qui n'avoit pas vu prendre la cerise, croyoit simplement que la perruche étoit posée sur sa tète, où elle n^ faisoit pas un fardeau incomnK)de; et les spectateurs ne crurent pas devoir l'avertir de ce qu'elle y faisoit, tout le mal pouvant se réparer dans la suite en lavant sa coiffure •.

Maupertuis avait un nègre fort éveillé qu'il avait raniené de ses excursions, et auquel il avait donné le nom d'Orion. Orion le suivait partout % se piquait à table derrière sa chaise, ne le quittant pas plus que son ombre, attentif à devancer ses ordres, d'ailleurs ayant

- 1. Voir sa lettre sur la Génération det animaux, où il accuse let recherches et les eipériences les plus curieuses. OEuvreg (Lyon, 1868), t. 11, p. 3U9 à au.

2. Formey, Souvenirs d'un Citoyen (Berlin, 1789), t. I, p. 318, 219, 220.

3. Letireg df M*** (Manheim et Paris, lUacb^llflû), p. 82, Lettre Xl\, à M. D. C. -'^^^^

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