ORION
son franc parler et se permettant, à roccasion, des remarques où se rencontraient plus l'esprit d'observation et la finesse, qu'une confiance absolue dans la véracité de son maître.
Un jour (c'est encore Formey qui parle), il y avoità undiner divers convives, et cntr'autres un ministre d'État qui avoit beaucoup de morgue et de gravité. M. de M. se mit à raconter les singularités physiques de son voyage du Nord, Texcès du froid, la neige qui se formoit dans un poôle excessivenaent chauffé, dès qu'on ouvroit la porte ^, les aurores boréales, etc. Le ministre écoutoit tout cela sans que sa physionomie souffrit aucune modification. Orioriy persuadé que son maître débitoit des contes, et que le ministre les goboit, touche doucement l'épaule de M. de M. et lui dit à voix basse : il le croit. Je n'imagine rien de plus plaisant que ce double jugement*.
A part ce qu'elle a de plaisant, cette anecdote décèlerait le côté hâbleur du natif de Saint-Malo, dont l'originalité, comme on l'a vu déjà, n'était pas aussi sincère qu'il eût voulu le faire croire. Tout cela, en résumé, avait pleinement réussi; et Maupertuis était un personnage avec lequel il fallait compter, jouissant encore plus de l'estime et de la confiance que de
1 . a Le froid fut si grand dans le mois de janvier, raconte Maupertuis, dans le récit de son expédition au cercle polaire, que nos thermomètres de mercure, de la construction de M. de Réaumur, ces thermomètres qu^n fut surpris de voir descendre à 14 degrés audessous de la congélation à Paris dans les plus grands froids du grand hiver de 1709, descendirent alors à 37 degrés : ceux d'esprit de vin gelèrent. Lorsqu'on ouvroit la porte d'une chambre chaude, l'air de dehors convertissoit sur-le-champ en neige la vapeur qui s'y trouvoit, et en formoit de gros tourbillons blancs... » Maupertuis, OEuvres (Ljon, 1768), t. HI, p. 153, 154. Relation du voyage fait par ordre du roi au cercle polaire.
2. Formey, Souvenirs d'un Citoyen (BerWii , 1789), 1. 1, p. 2 17 ,