‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 224 sur 342 · GRIEFS DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

GRIEFS DE VOLTAIRE

de Potsdam. Maupertuis est à Berlin, malade, pour avoir bu un peu trop d'eau -de-vie, que les gens de son pays ne haïssent pas '. Il me porte cependant tous les coups fourrés qu'il peut, et j ai peur qu'il ne me fasse plus de tort qu'à Kœnig. Un faux rapport, un mot jeté à propos, qui circule, qui va à l'oreille du roi, et qui reste dans son cœur, est une arme contre laquelle il n'y a souvent point de bouclier ^. » Ces insinuations sont vagues ; Voltaire se plaint des mauvais procédés, des souterrains de Maupertuis, sans autres explications. La poste n'était rien moins que fidèle en Prusse comme en France, et il y eût eu de l'ingénuité à s'étendre en toute franchise sur certaines matières et à l'endroit de certains personnages. Aussi le poëte avait-il pris le sage mais peu commode parti de n'écrire que par des voies sûres, « qui sont rares. » Dans une autre lettre à madame Denis, il sera moins sibyllin, et parlera plus clairement. « Yoici mon état : Maupertuis a fait discrètement courir le bruit que je trouvais les ouvrages du roi fort mauvais ; il m'accuse de conspirer contre une puissance dangereuse, qui est Tarn our- propre ; il débite secondement que le roi m'ayant envoyé de ses vers à corriger, j'avais répondu :

1 . Maupertuis, en effet, n'était que trop enclin à abuser de l'eaude-vie et des liqueurs fortes. Frédéric écrivait au président de son Académie, vers ce même temps : « Il ne vous manque que de la santé pour jouir de voire gloire; un peu de rogom de moins, un peu plus de diète et vous guérirai... • El, dans la lettre suivante : « Plus de rogom, plus de caffé , et avec le tems et la sobriété vous vous rétablirai... ») Cabinet de M. Feuillet de Couches, Lettres originales du Grand Frédéric à Maupertuis, t. !, n'» 62 et 63.

2. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LVI, p. 97^ 98» Lettre de Voltaire à madame Denis; Polsdam,\e "i'I tûaX W

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