‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 239 sur 342 · LES SENTIMENTS RELIGIEUX DE MAUPERTUIS · texte numérisé non relu

LES SENTIMENTS RELIGIEUX DE MAUPERTUIS

singulier, ne ressembler en rien au milieu dans lequel on se trouvait : à Paris, il avait été esprit fort; au sein d'incrédules et d'athées, il y avait bon air à afficher des sentiments reUgieux, une orthodoxie auxquels, du reste, ne se méprenaient point ceux qui vivaient dans son intimité. Citons les lignes suivantes de Formey; elles sont d'un ami peu suspect, qui sait son Maupertuis par cœur, et ne pouvait avoir, par état comme par affection, nulle raison de révoquer en doute la religion de l'auteur de la Vénus physique.

M. de M. avoit été en France esprit-fort déclaré, et connu pour tel. Quand il fut domicilié à Berlin, il se jetta, ou parut se jetter dans la dévotion, à la quelle cependant plusieurs de ses démarches n'étoient pas fort assortissantes... Cette dévotion étoit probablement destinée à prendre le contrepied du ton régnant, ce qui lui attiroit des sarcasmes, surtout de la part de Voltaire, Un jour M. parlant, à la table du roi, delapentecôte, Voltaire sesoulevant, comme pour lui faire la révérence, dit : Ah! mon rêvé" rend croit donc la penlecôte. Aussi M. de M. dans les entretiens particuliers ne s*observoit pas toujours de façon à ne laisser échapper aucun trait qui tînt de sa façon de penser précédente. Un jour, comme je répétois, assez fréquemment le mot les incrédules, M. de M. me dit d'un ton que j'ai déjà plus d'une fois indiqué : Et les crédules ! et les crédules * /

Les lettres d'Euler, de Mérian et de Maupertuis, du w triumvirat » comme dit Kœnig, devaient provoquer une réplique que ce dernier leur décochait sous le titre de Défense de l'Appel au public^ et qui était de môme encre que le factum précédent. Au même moment surgissait encore une Réponse de f académicien de Paris ^

1. Formey, Souvenirs d'un Citoyen (Berlin, 1789), i, I , p. 215, 21C.

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