‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 238 sur 342 · ACCUSATION ODIEUSE · texte numérisé non relu

ACCUSATION ODIEUSE

veut me faire soupçonner d'irréligion, parce que j'ai révoqué en doute l'authenticité de la lettre qu'il citoit. Qu'il critique tant qu'il voudra mes ouvrages; je ne désire ni son approbation ni son estime : mais qu'il veuille conclure des règles de logique dont je me sers, que je manque de persuasion pour les vérités que la religion nous enseigne; c'est une accusation odieuse, qui fait voir à quoi il est réduit *.

On sent là l'affectation, une sorte d'indignation factice, dont l'exagération saute aux yeux ; et d'ailleurs, c'était torturer la phrase de Kœnig et changer l'intention de celui-ci, qui prétendait uniquement démontrer qu'en repoussant étroitement toute assertion dépourvue de témoignages directs, l'on se condamnait, par une logique inflexible, à un scepticisme absolu. Voici les propres paroles du professeur de la Haye : « Plus de copies manuscrites qui puissent remplacer les originaux et rafermir la foi chancelante, dès qu'elle ne sera pas accompagnée de la vile. Est-ce ainsi que Mr. de Maupertuis a prouvé lui-même tout ce qu'il a raconté au public des Lapons et de la Laponie ? Et si désormais il n'accorde sa créance aux faits historiques, qu'autant qu'on lui met sous les yeux, non les copies, mais les originaux des documens qui y servent de preuves, n'aura-t-on pas sujet de s'allarmer pour sa religion, dans l'impossibilité où Ton se trouve de lui produire les originaux des livres sacrés ^ ? » Cette capucinade avait, en outre, le tort de n'être pas sincère ; n'accusons pas Maupertuis d'hypocrisie. Avant tout, il fallait être

' t. Letlrei concernant le jugement de V Académie^ p. 32, 33. Lettre de Maupertuis à Euler.

2. Appel au public du jugement de V Académie de Berlin (seconde ^it.Leyde, 1753), p. SS.

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