‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 241 sur 342 · HÉRÉSIES DU JEUNE AUTEUR · texte numérisé non relu

HÉRÉSIES DU JEUNE AUTEUR

Notre jeune raisonneur prétend qu'il faut que les médecins ne soient plus qu'empiriques ^, et leur conseille de bannir la théorie. Que diriez-vous d'un homme qui voudrait qu'on ne se servit plus d'architectes pour bâtir des maisons, mais seulement de maçons qui tailleraient des pierres au hasard ?

Il donne aussi le sage conseil de négliger l'anatomie *. Nous aurons cette fois-ci les chirurgiens pour nous. Nous sommes seulement étonnés que l'auteur qui a eu quelques petites obligations aux chirurgiens de Montpellier, dans des maladies qui demandaient une grande connaissance de l'intérieur de la tête et de quelques autres parties du' ressort de l'anatomie, en ait si peu de reconnaissance...

Mais si notre auteur est ignorant, on est obligé d'avouer qu'il a en récompense une imagination singulière. Il veut^ en qualité de physicien, que nous nous servions de la force centrifuge pour guérir une apoplexie ', et qu'on fasse pirouetter le malade. L'idée^ à la vérité, n'est pas de lui; mais il lui donne un air fort neuf.

11 nous conseille^ d'enduire un malade de poix résine, ou de percer sa peau avec des aiguilles. S'il exerce jamais la médecine, et qu'il propose de tels remèdes, il y a grande appa. rence que ses malades suivront l'avis qu'il leur donne de ne point payer le médecin.

Mais ce qu'il y a d'étrange c'est que ce cruel ennemi de la Faculté, qui veut qu'on nous retranche notre salaire si impitoyablement, propose ", pour nous adoucir, de ruiner les malades. Il ordonne (car il est despotique) que chaque médecin ne traite qu'une seule inQrmité : de sorte que si un homme a la goutte, la fièvre^ le dévoiment, mal aux yeux, et mal à Toreille, il lui faudra payer cinq médecins au lieu d'un; mais peut-être aussi que son intention est que nous n'ayons chacun que la cinquième partie de la rétribution ordinaire : je reconnais bien là sa malice...

1. Maupertuis OEuvres (Lyon, 1768), t. II, p. 317. Lettre XV, Sur la médecine,

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