‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 245 sur 342 · DE LA DIVINATION · texte numérisé non relu

DE LA DIVINATION

réves il modiûe l'âme; qu'il fasse naître des anguilles grosses d'autres anguilles, avec de la farine délayée, et des poissons avec des grains de blé ^ Nous prenons cette occasion de divertir M. Tinquisiteur.

8<> Mais ly. rinquisiteur ne rira plus quand il verra que tout le monde peut devenir prophète; car l'auteur ne trouve pas plus de difGcuUé à voir l'avenir que le passé. Il avoue * que les raisons en faveur de l'astrologie judiciaire sont aussi fortes que les raisons contre elle. Ensuite il assure > que les perceptions du passé, du présent et de l'avenir ne diffèrent ^ que par le degré d'activité de l'âme. Il espère qu'un peu plus de chaleur et d'exaltatioîi dans l'imagination pourra servir à montrer l'avenir, comme la mémoire montre le passé.

Nous jugeons unanimement que sa cervelle est fort exaltée et qu'il va bientôt prophétiser. Nous ne savons pas encore s'il sera des grands ou des petits prophètes ; mais nous craignons fort qu'il ne soit prophète de malheur, puisque dans son traité du bonheur même il ne parle que d'affliction : il dit surtout que tous les fous sont malheureux <^. Nous faisons à tous ceux qui le sont un compliment de condoléance; mais si son âme exaltée a vu l'avenir, n'y a-t-elle pas vu un peu de ridicule ?

9» Il nous parait avoir quelque envie d'aller aux terres Australes •, quoiqu'en lisant son livre on soit tenté de croire qu'il en revient; cependant il semble ignorer qu'on connaît il y a longtemps la terre de Frédéric-Henri, située par delà le quarantième degré de latitude méridionale; mais nous l'avertissons que si, au lieu d'aller aux terres Australes, il prétend naviguer tout droit directement sous le pôle arctique, personne ne s'embarquera avec lui.

iO^ Il doit encore être assuré qu'il lui sera difficile de faire, comme il le prétend un trou qui aille jusqu'au centre de la terre (où il veut apparemment se cacher de honte d'avoir

1. Maapertuis, OEuvres{Lyon, 1768), t. II, p. 313. Lettre XIV, Sur la génération des animaux,

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