BILLET DE FRÉDÉRIC
Si l'âme de vos nerfs demeure dans un état de quiétude, je seraicharmé de vous voir cesoir*...
Nulle trace ici de secrète amertume. L'on sourit, Ton plaisante, Ton est plein de bienveillance. Et l'infatigable poëte d'envoyer de nouveaux articles, de nouvelles esquisses philosophiques. «En qualité de théologien de Belzébut, oserai-je interrompre vos travaux par un mot d'édification sur V Athéisme que je mets à vos pieds? j'ai choisi ce petit morceau parmi les autres, comme un des plus orthodoxes ^. » Frédéric, comme toujours, accuse réception. Il faut citer sa réponse, où se mêlent, d'ailleurs, des allusions aux circonstances présentes, trop significatives pour échapper au moins attentif.
Cet article me paraît très-beau; il n'y a que le pari que je vous conseillerai de changer, à cause que vous vous êtes moqué de Pascal, qui se sert de la môme flgure '. Remarquez encore, s'il vous plaît, que vous citez Épicure, Protagoras, etc., qui vivaient tranquilles dans la môme ville ; je crois qu'il ne
1. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LV, p. 675, 676. Lettre de Voltaire à Frédéric. Au tome HI du Supplément des eetivres posthumes j elle est portée à l'année 1751. Mais ces lettres de Voltaire et de Frédéric relatives aux articles du Dictionnaire ne peuvent être que de 17 52. Collini précise même Tépoque où elles ont dû être écrites. Celui-ci, comme on le verra par la suite, n'est pas infaillible, lui non plus. Mais d'autres indices nous ont déterminé à reporter cet échange de lettres entre le roi et le poëte, au commencement d'octobre 1752.
2. Ibid,, {, LVl, p. 195, 196. Lettre de Voltaire à Frédéric.
3. Ibid.^ t. XXVII, p. 172. Dictionnaire philosophique \ au mot Athéisme, Cet article est blende 1752 et non de 1751, comme cette apostrophe adressée à Maupertuis le démontre suffisamment : a Vous demandez pourquoi le serpent nuit. Et vous, pourquoi avez-vous nui tant de fois? Pourquoi avez*vous été persécuteur, ce qui est le plus grand des crimes pour un philosophe? b Ibld.^ ^AI^.