PARTI PRIS DE NE PAS HOMPRE
faudrait pas citer des gens de lettres pour vivre tranquilles ensemble. Remarquez que de querelles dans TÂcadémie des sciences de Paris pour Newton et Descartes, et dans celle d*ici pour et contre Leibnitz! Je suis sûr qu'Épicure et Protagoras se seraient disputés s'ils avaient habité le même lieu ; mais je crois de même que Cicéron, Lucrèce, et Horace, auraient soupe ensemble en bonne union. Je vous demande pardon des remarques que mon ignorance s'émancipe de vous faire. Je suis comme la servante de Molière, qui, lorsqu'elle ne riait pas, fesait changer ses pièces au premier auteur comique de Tunivers ^
Cette lettre est fine, son allusion transparente, et c'était à Voltaire à en faire son profit. Au demeurant c'était une leçon bénigne et non une sommation, qui, venant après la Réponse d'un académicien de Berlin^ indiquait dans Frédéric le parti pris de ne pas rompre, s'il n'y était amené et contraint par les circonstances. Voltaire, lui aussi, ne songe pas à battre en retraite et enlève, pour le présent du moins, toute espérance à ses amis. « Je serais mort, écrivait-il à d'Argental, le 22 novembre (huit ou dix jours après la publication de la réplique anonyme du roi de Prusse à la première attaque de Voltaire), si je ne menais pas la vie la plus douce et la plus retirée, n'ayant que vingt marches à monter, tous les soirs, pour aller entendre à souper le Salomon du Nord, quand il veut bien m'admettre à son festin des sept sages ^. » Mais il y a beaucoup à rabattre d'une félicité à l'en croire si complète, et les témoins de cette béatitude ne prennent pas le change
1. Voltaire, Œuvres complètes (Beuchol), t. LV, p. 677, 678. Lettre de Frédéric à Voltaire, 1751 (1752).
2. Jftîd.,ULVl,p. 232. LeUre de Voltaire à d'Argental j le 22 noibre 1752.