‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 256 sur 342 · IMPRESSION DU LIBELLE · texte numérisé non relu

IMPRESSION DU LIBELLE

coup d'erreurs. Voltaire, comme on Ta vu plus haut, avait facilement obtenu un privilège pour publier là Défense de Bolingbroke. Il profita sournoisement de ce permis pour imprimer son libelle contre Maupertuis. L'édition de Potsdam se fit. A en croire Thiébault, le roi dévora le pamphlet, dont l'auteur lui avait remis lui-même un exemplaire, riant à se tordre à chaque période. Par la tournure de son esprit, personne, en effet, n'était plus propre que lui à goûter cette verve, cette malice infernale. Mais, après avoir savouré, il fallait arrêter. Frédéric change de thèse et de visage, déclare à son chambellan qu'il ne pouvait tolérer un pareil scandale sans compromettre la dignité du souverain, et réclame de son amitié le sacrifice du libelle. Voltaire, facile à entraîner sauf à se raviser, consent à tout. Cette promesse arrachée, le roi s'eflface de nouveau devant le railleur, devant l'homme affolé d'esprit. Qu'au moins, une fois encore, ils relisent ensemble la diatribe du bon docteur, et puis le feu fera son office !

Voltaire lut le conte tout entier, ajoute Thiébault : à chaque moment il était interrompu par les applaudissements du monarque^ qui trouvait que tous les traits en étaient aussi gais que justement appliqués; on éclatait de rire, et, à la fin de chaque cahier, lorsqu'il fallait le jeter au feu, on renouvelait les regrets. « Allons, du courage ! ô Vulcain I Dieu cruel et vorace, voilà ta proie! » Et tandis que le cahier brûlait, on formait des danses antiques et sacrées devant le foyer. Ce fut ainsi qu'on lut et qu'on brûla le docteur Akakia jusqu'au bout : jamais peut-être ces deux hommes ne se sont permis de facétie plus comique \

1 . Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Dldot, 1860), t. n, p. 343.

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