‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 255 sur 342 · SITUATION RÉELLE DU POÈTE · texte numérisé non relu

SITUATION RÉELLE DU POÈTE

sur des apparences qui ne peuvent tromper que les naïfs. M. Scheffer, qui, trois mois auparavant, disait déjà son mot sur la situation du poète à Berllii, mandait de son côté à madame du Deffand : « Je l'ai vu de près, je puii vous assurer que son sort n'est pas digne d'envie. Il passe toute la journée seul dans sa chambre, non par goût mais par nécessité ; il Soupe ensuite avec le roî de Prusse, par nécessité aussi beaucoup plus que par goût. Il sent bien qu'il n'eèt là qu'à peu près comnië les acteurs de l'opéra à Paris, dans les temps que la bonne compagnie les admettait seulement pour chanter à table. Je suis fort trompé, ou il ne tiendra paS longtemps contre l'ennui qui le mine^.. » Et voilà qui est plus vrai que le tableau surfait que Voltaire dépêche à ses amis de Paris, qui, eux aussi, en savent déjà trop pour le croire très-sincère.

La Diatribe du docteur Akakia n'était pas faite pour dormir dans les casiers, discrets d'un bureau. L'exaspération eût été moindre, la haine moins déchaînée, que la vanité d'auteur n'eût pu s'arranger d'applaudissements restreints, donnés et reçus sous le manteau, et à la condition que le public ne serait pas de la fête. On a raconté de plus d'une façon les divers iticidents d'une rupture dont l'éclat occupa un instant les honnêtes gens de toute l'Europe. Le besoin de remplir les lacunes a fait substituer les conjectures à la certitude absente; et le choix n'est pas aisé entre ces récits contradictoires qui, chacun, mêlent un peu de vérité à beau-

1. Madame du Deffand, Correspondance complète (Pion, 1865), 1. 1, p. 102. Leltre du baron Scheffer h madame dU holui, 15 décembre 1752.

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