‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 261 sur 342 · LA DIATRIBE A BERLIN · texte numérisé non relu

LA DIATRIBE A BERLIN

Maupertuis n'en devait pas être moins bafoué, et cet impitoyable pamphlet n'en allait pas moins circuler, de main en main, dans Berlin, à la grande stupeur des amis de Maupertuis et de ceux même de Voltaire qui, pour sa part, brûlait bien complètement ses vaisseaux.

Je fus, nous dit Formey, le premier qui le reçut; et je conserve l'exemplaire, où l'on avoit écrit à la main pour motto : '

Quidquid délirant reges, •plectentur Achivi.

Je frémis à cette lecture, dont je prévoyois les suites; et je renfermai soigneusement mon exemplaire, sans le moritrer à personne. Mais la poste suivante en apporta d'autres, en petit nombre cependant, et qui se vendirent d'abord fort cher. Le roi ne tarda pas à en avoir un : et c'est alors qu'il témoigna la plus vive indignation à V. ^

On ne saurait rendre la sensation que fit à Berlin, à Potsdam, à la cour, la Diatribe du docteur Akakia. Maupertuis n'était pas aimé, son despotisme qu'il faisait peser sur tous lui avait conquis plus de flatteurs et d'instruments serviles que d'amis, et son malheur n'attendrit personne. Son malheur est bien le mot, car quel plus grand malheur pouvait frapper un esprit aussi hautain, aussi orgueilleux, aussi infatué de son mérite qu'un écrit où le ridicule lui était déversé à flots, où tout était attaqué en lui, l'homme, le bel esprit, le savant? Ce fut un véritable coup de foudre, dont il ne se relevajamais. Il succombait sous l'ironie et le sarcasme, après avoir usé et abusé de ces armes terribles ; et c'est ce qu'il constatait avec une sorte de candeur, dans un

1. Formey, Souvenirs d'un Citoyen (Berlin, 1789), t. I, p. 270,

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